21 mars 2022, au matin
Le réveil n’est pas facile, mais uniquement pour moi j’ai l’impression. Les autres m’attendent déjà dans le salon avec leur sac près dans l’entrée. Vlad et Sirius jouent encore à la Play et Raven et Thibault discutent dans la cuisine une tasse de café à la main. Un papier sur le frigo me rappelle d’acheter du chocolat en poudre, des chips et du café…
Je prends un café et…Raven me dit non de la tête. Bon ben, ce sera un cacao alors… et après on s’envole, n’oubliez pas votre tenue de mission, dis-je en m’étirant.
Ils répondent tous oui à leur façon. Vlad et Sirius en levant à peine les yeux de l’écran et Thibault et Raven avec un “oui “ mais oralement cette fois. Je prends une cigarette avec mon chocolat et je vais m'asseoir sur la terrasse. Le jardin n’est pas grand, mais il l’est assez pour faire un barbecue ou même profiter du soleil. Il donne sur New-Olympe. La vue n’est pas fantastique, mais la nuit, les lumières de la ville et celle des étoiles se marient bien.
Au cas où, je regarde quel Héraut est près de Moscou si jamais les choses se passent mal. Le gouvernement à créer une appli militaire avec les autres continents pour montrer ou les Hérauts sont envoyés pour justement faciliter certaine mission. Mais là, personne à Moscou ni même dans la zone autour de la ville. On va devoir se débrouiller seul si celà se passe vraiment mal.
Quelqu’un frappe à la porte et entre, c'est Éric.
Bon les jeunes, prêt pour votre mission ?
Il a l’air vachement enjoué, ça se voit que ce n’est pas lui qui va partir. Je me hâte d' éteindre la cendre qui tombe déjà de mon mégot. Tout le monde prend ses affaires et sort. Je ferme la porte avec une petite boule au ventre, on ne sait jamais en partant si on va revenir tous ensemble, et c’est ma plus grande peur. Je souffle pour calmer cette angoisse et nous prenons la direction du jet avec les autres. L’avion décolle et on part pour 9h de vol.
Les 9 heures ne passent pas si lentement que ça. On joue aux cartes en écoutant de la musique, comme si de rien était. La mission dure initialement une semaine. Après ce délai, on doit rentrer car ça voudrait dire que nos sources, comme quoi le meurtrier avance, sont fausses. En espérant que cette histoire soit vite réglée et qu’on en parle plus.
On atterrit à l’aéroport de Moscou vers 20h environ. Le temps d’aller à notre hôtel pour Hérauts, tout le monde finit par être installé à 21h. Les hôtels à Hérauts sont un peu différents des hôtels de base, ils sont plus grand, mieux protégés avec toujours un Terrain pour s'entraîner car on n’a l’interdiction d’aller dans le Terrain d'entraînement des villes ou nous allons en mission, pour que le moins de gens possible connaissent nos Pouvoirs.
Les chambres sont séparées et je me retrouve au rez-de-chaussée. Les autres, eux, sont au 1er étage. Nous commencerons la mission demain à l’aube.
Vers minuit, je descends dans la salle de réception de l'hôtel, le sommeil ayant décidé de me quitter. Je me mets devant la télé, et je l'ajuste dans la bonne langue. Les infos parlent de l’équipe “Vanguard” ,de Black Volt et d’autres Hérauts locaux. Rien de bien surprenant en fin de compte. Cependant, un gars attire mon attention. Un Manieur d’Arme fait la une d’un programme, je l’ai déjà vu récemment sur la télé de l’Enfer. Je pense à voix haute :
Mais il est partout ce type, râlais-je qu’il n’y ait même pas un autre programme intéressant.
Je l’avais vu s’occuper de deux-trois histoires aux Etats-Unis et là je le vois dans les infos locales. Sa puissance de feu n’est rien comparée à celle de Solaris, mais bon il se débrouille. J’entends du bruit et me relève brusquement du divan. Raven descend les escaliers en se frottant les yeux, elle n’essaye pas de cacher sa présence.
Qu’est-ce que tu fais là ? Il est tard, lui dis-je en la regardant
Elle ne me répond pas et s’assoit à côté de moi dans le divan. Sans un mot, elle met sa tête sur mon épaule. Ses cheveux sentent la rose, et son corps la fleur d’oranger. Sa chaleur me rassure. Elle soupire :
Tu ne trouves pas ça injuste qu’on décide de notre avenir ? Avant, nous aurions pu vivre une vie normale.
Sans pouvoir ajouter quoi que ce soit, elle continue.
Tu dois faire attention à nous alors qu’on est tous instable, je n’imagine pas la pression que tu as. Je ne sais pas comment tu fais pour ne pas être écrasé sous le poids de la peur et des enjeux.
Je ne réponds pas tout de suite. La vérité c’est que oui j’ai peur, mais je ne peux pas le montrer. Ils doivent avoir une épaule inflexible sur laquelle ils peuvent se reposer.
J’ai peur de ce qui peut vous arriver, mais je n’aie pas peur pour moi. Qui aurait peur avec une force comme la mienne, dis-je en me forçant à rire.
Elle enlève sa tête de mon épaule, en oscillant la tête de gauche à droite. Elle se releve. En partant, elle me dit :
Tu n’as pas changé Alex, tu es toujours obligé de te cacher. C’est dommage.
Son ton trahit une touche de déception mêlée à l’habitude. Elle n’est plus surprise de ma carapace à peine dissimulée. Elle me regarde, je ne sais pas quoi ajouter. Elle remonte
Je laisse tomber ma tête entre mes mains en murmurant à quel point je suis un bouffon. Pourquoi je ne lui ai tout simplement pas dit la vérité ? Tout aurait été plus simple. Je ne sais pas comment m’y prendre avec elle. Ce n’est pas qu’elle est compliquée, c'est moi qui le suis. Des mois qu’on se tourne autour, du moins je crois, mais aucun des deux ne fait un geste vers l’autre. Ça me fatigue. J'éteins la télé et monte me coucher.
Nous sommes arrivés le 23 mars, et nous devons rester une semaine. Si je dois résumer cette semaine en 1 mot ce serait “inutile”. Nous n’avons rien trouvé, pas un meurtre, pas d’explosion même pas un petit larcin. Rien de rien. A part refaire les rues en boucles et en boucles à longueur de journée, nos recherches ne mènent nulle part.
e retour étant prévu le 30 mars à 7h du matin et qu’on est le 29 au soir, je trouve que c’est une bonne idée de se faire un resto et de boire un verre. Quand une mission s’éternise, j’ai tendance à les emmener manger quelque part. Ça permet de créer plus de liens et surtout de se détendre un peu. La semaine a été très calme mais le stress de tomber sur quelque chose à chaque moment nous guette, et à force, pèse sur le moral. Pendant tout le temps de la mission, Éric est resté à l’aéroport près du jet et je me dis qu’ il devrait venir avec nous. D’une certaine manière, il fait aussi partie de l’équipe.
Une table de 6 dans un beau resto de Moscou nous attend. On se fait plaisir : entrée, plat, dessert. Les bouteilles s'entassent petit à petit et même si j’ai dit non à Sirius et Vlad pour boire… A la fin, je cède. Eric part chercher 6 verres à la teinte blanchâtre. Nous trinquons. Le visage des deux jeunes se crispent et Vlad secoue vigoureusement la tête. Ça m'étonne, un Evolutif qui fait une drôle de tête en buvant de l’alcool c’est pas commun.
Gérer deux gamins Instables est une chose, mais avec de l'alcool dans le sang alors là...je regrette d’avoir cédé. Dans la rue, ils courent partout, ils sont infernaux. Thibault et Raven ont bien bu aussi mais de là à dire qu’ils sont saouls, non. J’attrape Raven par le bras et lui murmure à l’oreille.
Excuse-moi pour la dernière fois, je suis un abruti…Tu peux t’occuper des 2 avec Thibault ? Je n’en ai pas pour longtemps, lui demandais-je avec mon plus beau sourire.
Je prend conscience qu’elle a bien bu aussi quand elle me répond :
Ouiiii, ne t’en fais pas chef. On en parlera quand tu seras sobre, dit-elle avec un clin d'œil.
En temps normal soit elle m’aurait remballé soit elle se serait tue. Avec un verre dans le nez, elle semble désinhibée. Tous ses soucis s’envolent. Elle s’en va avec les 3 autres en se poussant, mais surtout en riant. Je ne peux pas empêcher mes yeux de monter au ciel, le sourire aux lèvres.
Éric ? Dernier verre ? Proposais-je en me retournant
Pourquoi pas Alex, si tu offres, dit-il en plaisantant.
On trouve un bar assez vite, et dans les souvenirs que j’ai, on a bu pas mal. Je me souviens d’avoir été étonné de sa résistance à l’alcool, les Évolutifs ont une résistance naturelle avec les substances psychotropes, les cellules étant plus résistantes. Éric était avec nous depuis un petit temps mais il ne m’avait jamais parlé de son pouvoir et personne d’autre n’en parlait. Je lui demande mais il répond assez vaguement. Il confirme juste ma théorie que c’est bien un Evolutif. Puis, il change de sujet. Je suis étonné de la vitesse à laquelle il a changé d’ailleurs, mais est-ce que j’aurais aimé parler à rallonge de mon pouvoir dans un moment pareil ? Pas sûr.
Nous commandons un alcool spécial pour les Evolutifs. Un alcool surpuissant à 95 degrés.
Pas trop déçu de n’avoir rien trouvé ? me demande t-il en remerciant le serveur qui vient de poser les verres sur la table
Un peu si, on est vraiment venu pour rien quoi. On s’est tous inquiété pour pas grand-chose. On se trompe peut-être de piste, je ne sais pas…Dis-je remuant les glaçons de mon verre
Tu n’en peux rien, voyons on ne peut pas toujours tout maîtriser, il y a toujours quelque chose qui nous échappe. Le pire c’est que c’est souvent flagrant.
Sur ses mots, il finit son verre d’une traite. Il essaye de me rassurer mais avec l’alcool ça ne marche pas super bien. Je lui suggère de rentrer, un shot de plus et je risque de m’endormir au milieu du bar.
Éric me raccompagne jusqu'à l'hôtel et insiste bien sur le fait que demain 7h, nous devons être à l’aéroport. Il appelle un taxi puis disparaît dans la nuit. Je rentre à l'hôtel, la marche dans le froid me fait du bien. En rentrant, une surprise m’attend : Thibault à 4 pattes, une lavette à la main en train de frotter le tapis de l’entrée.
Tu tombes bien, me dit -il dégoûté. La prochaine fois que tu les autorises à boire, c’est toi qui nettoieras.
Ils ont vomi c’est ça ? Dis-je écœuré
Il se relève en râlant.
Vomit ? Non, ils ont gerbé partout, c’est une infection ! Là, j’ai fini de nettoyer, Raven s’occupe d’eux, va lui demander s'il lui faut un truc, dit-il avec sa lavette et son sceau en main.
Je m’exécute sans rien dire, c’est un peu ma faute si on en est là. J’arrive dans la chambre de Raven. Vlad et Sirius sont allongés par terre avec des couvertures et un sceau à côté d’eux.
T’es enfin là. Ecoute, j’ai sonné au commandant pour lui dire que nous ne saurions pas rentrer demain, ils sont trop malades, me dit-elle sans les quitter du regard.
Sirius, je comprends, mais Vlad ? Il est censé mieux tenir non ?
Elle ne répond pas.
Mais, t’as bien fait. J'en prendrai la responsabilité auprès du commandant. Normalement, il a dû prévenir Éric qu’on ne partirait pas demain. Dors dans ma chambre, je reste avec les deux, dis-je en les regardant dormir.
Je suis obligé de faire une photo, ils sont collés l’un à l’autre comme deux bébés. Elle me sourit quelque peu amusée de la situation. Elle finit par quitter la pièce en passant sa main sur mon épaule. Il est 2h du matin, je n'en peux plus mais au moins tout le monde va bien et dort a poing fermé. Finalement, je m’assoupis sur le lit de Raven, son odeur en guise de réconfort.
Autant la nuit fut agréable, autant le réveil fut sauvage. Thibault me secoue.
Alex réveille toi ! C’est la merde, sérieux.
Je grommelle, les yeux à peine ouverts :
Qu’est-ce qui a encore ?
Pour faire court. Raven est parti s’excuser auprès d’Éric, sauf que Éric était parti, donc elle a re-sonné au commandant pour lui demander quoi. Folsh lui a dit qu’ils avaient négocié avec la Russie qu’on reste une semaine pas plus donc Éric a dû repartir et quand il sera rentré, ils vont renégocier notre retour, ce qui devrait prendre au minimum un jour de plus.
Je ne comprends pas où il veut en venir.
Oui ben voilà, c’est pas la mort si ? On va pouvoir se reposer un jour de plus quoi.
Il ne tient pas en place, enjambant Sirius et Vlad à chaque tour de la chambre qu’il fait.
Non justement c’est la merde là, on a une attaque et pas mal de blessés, ça se passe à 20minutes d’ici et c’est en direct à la télé !
Putain pourquoi t’as pas commencé par ça Thibault !?! Habille toi et on y va, préviens Raven de venir dès qu’elle peut.
Dans leurs états, les deux autres nous gêneraient. Autant les laisser dormir. Nous enfilons rapidement notre tenue de mission qui se résume à un pantalon et un pull à capuche noir.
Nous sortons de l'hôtel en 4e vitesse pour rejoindre le lieu de l’attaque, un lotissement un peu plus loin où à lieu un marché. Je ne peux pas m'empêcher de penser que normalement nous étions censés être dans l’avion pour rentrer. Quelle veine… Mais d’un autre côté, on a de la chance, on va pouvoir enfin coincer ce salopard. Évidemment, il fallait que ce soit le dernier jour après le resto d'hier, ça ne pouvait pas être à un autre moment.
Après une course à pied digne des meilleurs athlètes, on arrive devant le lotissement.
Tu sens cette odeur ? Lui dis-je en m'arrêtant net.
Thibault tressaille.
Comment ne pas reconnaître du sang…ça me fait froid dans le dos, dit-il en frissonnant.
Nous avançons prudemment dans le marché, voyant les corps éparpillés des malheureuses victimes., C’est exactement comme aux infos, un champ de ruine. Pas de doute, le meurtrier est ici. Les quelques journalistes présents restent à l’écart. Je leur dit de s’en aller. Pour leur bien mais aussi pour notre anonymat, on doit nous voir le moins possible passer à la télé. La discrétion n’est déjà pas notre fort, mais rajouter des journalistes ça rend la chose impossible. À ma grande surprise, ils s’en allèrent plus loin. Peut-être est-ce le fait que je l’ai dit d’un ton ferme ou à mon allure, je ne sais pas. Ils s’éloignent, mais restent tout de même bien trop proches à mon goût.
Dans une des maisons, on peut entendre des grognements et le bruit des os qui se cassent. J’hume l’air. L’odeur que je sens ressemble à celle d’un gros carnivore. Par pressentiment, j’ordonne à Thibault de détruire la maison. Il respire profondément et arme son bras à hauteur d’épaule. Une détonation retentit faisant vibrer les vitres alentour. Spoing s’écrase contre un mur porteur qui fait s’écrouler la bâtisse.
Tu penses que ça suffira ? Demande-t-il le coude fumant.
Je rigole nerveusement tandis que le grognement s’intensifie davantage.
Là, ça ne fait que commencer. Tu ne le sens pas ? Ses prochaines proies, c’est nous ! Dis-je en reculant.
Des gravats, une bête noir argentée se releve comme si de rien était. Une sorte d’énorme loup bipède se dresse devant nous. Ces poils argentés ne brillent pas, acculés par le sang. Il se jette sur nous sans réfléchir, d’instinct.
Je lui mets une droite tout en esquivant ses griffes acérées. Shocker en renfort, il se faufile et après une détonation, lui envoie un poing explosif dans les côtes. Pour moi nous avons l’avantage. Malgré ses assauts répétés, il n’a pas le dessus. Nous sommes face à une bête enragée dépourvue de raisonnement, une bête qui agit seulement par pulsion mais en aucun cas avec réflexion. De la bouche de la bête s’écoule un filin de bave rougeâtre. Je doute qu’il s’agisse de son propre sang…
Dans le méandre de gravats et de poussière, un bruit me sort de ma concentration. Un souffle. Il est lent, saccadé et à peine audible. Quelqu’un est coincé là-dessous. Son souffle irrégulier en dit long sur son état. Thibault, trop pris dans les assauts de la bête, n'y prête pas attention. Je me concentre pour savoir d'où le bruit vient. Une main dépasse légèrement à quelques mètres de moi. Une petite main. Tant qu’ils sont occupés, c’est le moment. Je cours et soulève les débris comme je peux. C’est une petite fille. Elle est encore consciente, mais avant de pouvoir prononcer un mot, elle s’évanouit. Elle a dû penser qu’elle était sortie d’affaire. Son corps, épuisé, s’est probablement mis en pause. Je la prends délicatement dans mes bras et l'amène plus loin où elle serait hors de portée du combat.
Je ressens comme un immense mal-être. La maison sous laquelle elle était se trouve être la maison juste à côté de celle que Shocker a explosé. Il y a un monde où la maison de la petite fille aurait pu s'écrouler davantage à cause du choc de Thibault. J’imagine : Et si ça aurait été le cas ? Et si nous avions tué cette enfant ? Cette pensée me fait beaucoup de mal. Nous sommes censés être des Hérauts ou du moins de bonnes personnes mais si nous faisons plus de victimes que les gens que nous combattons… Qu’est-ce que cela fait de nous ? Je dois diriger une bande de gamin, mais c’est ma responsabilité. Quel minable… Je serre les poings. Mes griffes me rentrent dans la chair. Mon sang noir se mèle à la poussière du sol. Ma douleur doit être insignifiante comparée à celle de la petite fille.
Shocker, ça a assez duré. Je vais m’en occuper moi-même, dis-je pris d’une colère intense
T'inquiète, je gère, me répond-il tout en esquivant les coups de crocs de la créature.
Dégage c’est un ordre ! Lui hurlais-je dessus.
Sa mâchoire se sert. Il recule laissant l’ennemi souffler. La bête s’en fiche du nombre de blessés ou de morts, moi non et ça a assez duré. L’air se réchauffe autour de moi, les veines rouges parcourent mon corps, mes cheveux se dressent.
Je vais te faire payer si fort, lui dis-je en passant ma langue sur mes canines acérées.
Je m’avance vers lui les griffes dehors. Je vais le lui planter en plein cœur et ça va être réglé pensais-je. Je n’ai pas eu le temps, quelque chose ou quelqu’un le fit tomber dans une gerbe de sang.
Un homme se tient derrière lui. Dans ses mains, deux énormes gants aux reflets mauves. Une cape noire ondule jusqu’à ses mollets. Il porte une sorte de masque cybernétique aux couleurs mauves argentées. Je ne vois pas son visage. Sous la colère, je l’attaque sans réfléchir. Il me part le bras et m’attrape par la gorge me soulevant du sol. Il s’approche de mon oreille et me murmure :
Je ne viens pas pour toi Alex. Je vous le laisse.
Il me repose comme si de rien était.
Comment connaît-il mon nom ? Ma colère s’évapore peu à peu. Il ne dit rien, il reste simplement là, sans bouger. Son odeur ne trahit aucune colère vis à vis de moi ni de personne. Il traverse le champ de ruine pour aller voir la petite fille. Thibault se met au travers de sa route pour l’en empêcher. Je lui dit de s’écarter. Je ne sais pas qui est ce type mais il ne nous veut pas de mal. Il s’agenouille à la hauteur de la fillette et ouvre un portail semblable à celui de Slava. Je comprends que c’est un Manieur d’Arme. Il sort des bandages dorés qu’il met à la tête et sur la jambe de la petite fille. Son visage devient plus serein comme si la douleur avait disparu. Il reprend même des couleurs.
Alex, amène moi un peu Cyrus, dit l’homme mystérieux en passant son gants dans les cheveux de la petite fille
Cyrus ? Vous vous connaissez ? lui répondis-je perturbé d’entendre mon nom sortir une nouvelle fois de sa bouche.
Ça fait un moment que je le cherche, je suis content que ce soit toi qui tombes dessus.
Non mais c’est quoi le délire là ? T’es qui toi et pourquoi tu fais style on se connait. Je ne comprends plus rien, dis-je agacé qu’on me laisse dans le flou.
À voir la tête de Thibault, je ne suis pas le seul à ne rien comprendre.
Tu peux m'appeler Pastur, le reste je ne vois pas l'intérêt d’y répondre pour l’instant, dit-il calmement.
Génial…Ce n’est même pas ton vrai nom. Y’aurait-il moyen d’avoir une info intéressante ? Dis-je toujours aussi agacé.
Ils ne vont pas tarder…J’espère que vous avez encore un peu de force, s’exclame t-il en se mettant en position de combat.
Quatres individus viennent de pénétrer dans les ruines du marché. Ils portent un masque ressemblant à un phénix, mais noir. Pastur sort un long katana noir du portail qui nous fait comprendre que c’est eux qui n’allaient pas tarder. Un des individus masqués applaudit et s’exclame enjoué :
Enfin on se rencontre. Cela fait déjà quelques mois que tu es sur nos traces n’est-ce pas ?
Je sens bien que l’homme ne s’adresse ni à moi ni à Thibault. Pourtant le concerné se met juste en garde et me murmure :
Il faut faire vite, je ne tiendrais pas longtemps avec cette épée. Elle m’épuise bien plus que les autres.
Malgré le masque, on peut entendre sa respiration haletante. Mes questions je les poserais après, on a d’autres problèmes à gérer dans l’immédiat. Trois contre quatre, il va bien falloir se démerder avant que Raven n'arrive. Les hommes masqués avancent de plus en plus vite dans notre direction.
Je prends les 2 de gauche, prenez les 2 autres, s’écrie Pastur en mettant sa lame à la verticale près de son épaule droite.
Je n’ai pas le temps de contester, il fonce déjà sur eux.
Shocker, on y va, lui dis-je en lui tapant dans la main
Il hoche la tête en souriant. Ses mains se rejoignent dans une petite explosion, il veut en découdre autant que moi.
Le combat fait rage. Pastur a l’air de s’en sortir même si ses déplacements ralentissent à vue d'œil. Il affronte un homme qui manie des sortes de chaînes, et l’autre, qui avait l’air si frêle, porte maintenant une grosse armure en pierre.
Je ne peux pas regarder davantage, mon ennemi arrive à ma hauteur. Juste avant le contact, je remarque que mon adversaire se frotte les mains sur son pantalon avant de m’envoyer une droite.L'impact est celui d’un coup de poing de boxeur, mais avec l’intensité de la foudre. Le coup me projette au sol quelques mètres plus loin. Malgré sa vitesse et ses explosions redoublant d’intensité, Thibault n’arrive pas à le toucher. Je ne suis pas fou pensais-je, mais les mouvements de Thibault deviennent de plus en plus lents. L'intensité y est toujours, mais aucune précision. Mon ennemi en profite pour mettre ses mains sur mon torse et m’envoie une grosse décharge électrique qui me sonne. Pastur nous voyant au sol hurle :
Kokoro no nami !
Le katana brille d’une clarté noire, libérant une vague d’énergie sombre de sa lame. Du coup d’épée, des esprits noirs s’abattent sur nos ennemis. Ils ne devaient pas s’attendre à un tel déferlement d’énergie si soudain car ils prirent l’attaque de plein fouet. L’homme de pierre met un genoux à terre ainsi que l’homme aux chaînes.
L’adversaire de Thibault voit l’esprit arriver et se sert de lui comme bouclier. Shocker est propulsé contre un mur de la rue. le mien prit l’esprit dans l’épaule. Le choc ne le mit pas KO mais eut son importance vue que ce moment de repos me permit de me remettre debout et de lui mettre un coup de pied retourné en pleine tête.
Je cours vers Thibault pour m’assurer qu’il ait bien, mais l’autre type me barre la route. Pas le temps, je saute au-dessus. En atterrissant je trébuche un peu. Une douleur me lance intensément à la cheville. Je crois qu’elle vient de se fouler. Quelques secondes après, je ne sens plus la douleur et je continue ma course.
Shocker ça va ? Lui dis-je inquiet.
Ça va middle mais j’ai connu pire, râle-t-il sonné.
Il a du mal à parler comme s'il avait bu ou fumé, je ne sais pas. Il avait l’air dans le gaz. Il reprend :
J’ai l’impression que son pouvoir affecte nos sens. J’ai la sensation d’être mort bourré ou défoncé. Je n’ai pas eu besoin de le toucher pour que ma tête se mette à tourner, me dit-il en se concentrant.
Notre ennemi s’avance vers nous en riant.
Ton ami a raison, mon nom c’est Lag. Mon évolution a donné la capacité à mon corps de créer une substance gazeuse qui bousille ton oreille interne. Ce n’est pas très fort mais très efficace aux corps à corps. Ton ami n’est qu’un sauvage qui s’est jeté sur moi, il n’a rien vu venir. D’ailleurs, tu ne commences pas à le sentir toi ? Se vante-t-il avec un grand sourire
Ma cheville, c’était ça alors. Le gaz faisait déjà effet. Je sens mes yeux se fermer peu à peu. Ma tête tourne, même me concentrer devient compliqué. Pastur est trop absorbé par son combat, il ne peut pas m’aider va falloir que je me débrouille. Mon adversaire le taser , quant à lui, a fini sa pause. Il revient à la charge. Je vais passer un sale quart d'heure, pensais-je saoulé. Je me griffe le torse, la douleur va m’aider à me concentrer. Il frotte son pantalon et me décoche un direct dans le ventre, le coup en lui-même ça passe mais rajouter en plus de l’électricité c’est abusé. Le gaz de l’autre abruti me fait plonger dans un mini coma à peine conscient mais impossible de me relever. Ma vue se trouble.
J’essaie de me motiver. Allais Alex tu peux le faire, bouge, fais un truc merde ! Mais rien.
Minable.
Qu’est-ce que tu me veux encore sale voix de merde, ce n’est vraiment pas le moment.
Tu es décevant, tu laisses deux bouffons jouer avec toi alors que tu pourrais les exploser sans te fatiguer. Ils vont massacrer Thibault si tu ne fais rien. Il n’y a que les faibles qui baissent les yeux.
La même voix que dans le gymnase, mais les choses ont changé. J’ai un certain contrôle maintenant et puis comme si je pouvais dérailler une seconde fois. Pourtant, elle a raison, je ne peux pas me laisser écraser par eux, ce ne sont que des insectes.
La chaleur monte d’un coup, je prends mon coude et souffle lentement. Je le brise d’un coup sec. La douleur me remet les idées en place. J’attrape le bras du type électrique et le retourne, ce qui lui disloque l’épaule. Il hurle et s’écarte. Lag, voyant son ami apeuré, recule aussi. Je sens la colère parler à ma place :
Je ne peux pas lui donner tort, il n’y a que les faibles qui baissent les yeux, dis-je en même temps que mon coude se régénère.
La peur dans leurs yeux, ce sentiment me plait. Il me plait énormément. Je maîtrise aisément le type au gaz et le balance violemment contre une façade. Ça fait longtemps que je n'avais pas vu la rougeur de mes veines aussi clairement. Quel plaisir de se détendre un peu.
Pastur se bat toujours mais ses mouvements deviennent si lent. Il me fait vraiment pitié. Le katana lui demande beaucoup trop de magia. Il n’est même pas capable de maîtriser son arme. Incapable. L’individu et ses chaînes accaparent son attention, il ne voit pas son autre adversaire s’approcher. D’un bond rapide vers lui, mes griffes transpercent sans grande difficulté son armure de pierre. Je sens l'hôte du golem du bout de mes doigts. Surpris, sa magie de roche crée un amalgame de pierre sur son bras et veut m’asséner un coup. Je décale ma tête pour esquiver. Il me rate de peu. En revanche, moi, je ne le raterais pas. Je lui donne un violent coup de crâne brisant son masque. Cependant, je n’ai pas le temps d’apercevoir son visage qu’un voile de pierre le recouvre aussitôt.
Près de moi, Pastur ne tient plus qu'à une main son épée. Un portail du Néant s’ouvre à ses côtés et la lame s’y engouffre. Enfin, l’arme a plus l’air d’avoir été arrachée de ses mains. Son allure de fier chevalier fait peine à voir, il se tient courbé et vacille de gauche à droite. Il doit avoir utilisé bien trop de magia supposais-je. Le type aux chaînes voyant qu’on a l’avantage préfère s’écarter.
Cyrus est à vous, il ne nous est plus d’aucune utilité. Nous avons bien assez de renseignements. Nous nous reverrons. R-Evolution renaitra de ses cendres jusqu’à l’avènement du Crépuscule d’Améthyste, dit-il
Comme happés par le sol, les quatre individus disparaissent. Thibault, au bout du rouleau, s’assied difficilement. Il secoue sa tête pour dissiper les quelques résidus de gaz qui le dérangent encore. Je me retourne pour voir Pastur. Le temps de regarder ailleurs, il s’est volatilisé.
Thibault, t’as pas vu Pastur ? Demandais-je en regardant autour de moi
Je devais être encore défoncé, j’ai pas fait attention, désolé, me répond-il en se grattant le front.
Je souffle exténué. Autour de moi, des ruines à perte de vue, des trous béants peignent les murs de la plupart des maisons. L’excitation du combat m’avait empêché de voir l’étendue des dégâts. On a encore bien déconné. La petite fille se tient debout en forme et me sourit gentiment. Les bandages,qui ont disparu, l’ont totalement guérie. Cyrus, quant à lui, est sur ses genoux en train de reprendre ses esprits. Il n’a plus l'apparence d’une bête, mais celle d’un homme maigrichon et frêle. Je m’avance vers lui, et le souleve. Je ne me suis pas rendu compte que mon pouvoir était encore activé.
Maintenant, tu vas nous dire tout ce que tu sais sinon je te jure que tu vas morfler, lui dis-je agressivement.
Je…je… je n’ai rien fait…Je suis désolé… me répond-il en sanglot.
Je le repose, son corps si mince et si fragile me font peur. J’ai peur de littéralement le casser en deux. Il a l’air d’être en danger plus que d’être un danger lui-même. Thibault s’approche plus calmement et lui demande de nous raconter tout en détail avant que les journalistes n’arrivent en trombe.
C’est le gars avec ses chaînes le coupable, je ne voulais pas faire tout ça, je vous le jure… Explique Cyrus en reniflant bruyamment
Il se remet à pleurer et Thibault lui met sa main sur son épaule pour le rassurer.
Tu es avec nous, tu ne crains rien mais on a besoin de savoir ce qu'il s’est passé pour comprendre et faire au mieux.
Son attitude m’étonne énormément, je n’ai pas l’habitude de le voir si posé et bienveillant. Ça me fait relativiser, je ne suis pas si mauvais dans mon rôle de chef finalement. Cyrus, rassuré, nous raconte son histoire :
Mon pouvoir, n’est vraiment pas un cadeau. Quand je suis affamé, je me transforme en cette bête qui n’est pas moi. Elle veut juste manger et à n’importe quel prix. Ça a commencé il y a déjà plusieurs mois. Ils me sont tombés dessus chez moi et depuis je suis un chien pour eux. Ils m’affamaient à la limite de la mort, puis m'envoyaient dévorer les habitants d’un village. Puis, le gars en chaîne et le type qui nous téléporte me ramenaient dans cette cave. Encore et encore, je sais que le chef des 4 c’est celui avec ses chaînes, il se fait appeler le Berger, et ils travaillent tous pour R-Évolution. Je vous en supplie ne me laissez pas…
R-Evolution, une petite organisation qui fait de plus en plus parler d’elle. Ils prônent une égalité parfaite entre Magique et Évolutifs, mais apparemment à n’importe quel prix. Je ne suis pas sûr que faire le mal pour faire le bien soit très juste. Dans le fond, je suis plutôt culotté, c’est un peu ce que l’Escadron Zhéraut fait depuis des années… A ce que Cyrus nous explique, il y a deux branches de R-Evolution. Celle qui est montrée au citoyen et celle avec les masques de Phénix, beaucoup plus extrême Personne ne sait dire qui dirige. Peut-être que la première branche de R-Évolution ne fait rien de mal. Cependant, ceux aux masques de phénix noir… Quelle idée de véhiculer un tel message puis de forcer un Evolutif à faire un massacre, ça n’a aucun sens. Et puis, ça ne nous résout pas le nœud du problème, pourquoi utilisaient ils Cyrus ?
On va te ramener avec nous à l’Enfer, tu y seras en sécurité. J’enlève ma veste pour le lui tendre. Nous parlerons de tout ça là-bas quand nous serons tous reposés parce que là, faut qu’on y aille et en 3e vitesse, dis-je en regardant plusieurs caméras arrivées à l’angle de la rue
On dit à la petite fille de courir vers eux, de dire qu’il y eu une grosse bagarre et que des Hérauts inconnus l’ont sauvé. Je ne suis pas sûr qu’elle comprenne ma langue, mais elle acquiesce. Elle me fait un léger bisous sur la joue ainsi qu’à Thibault et s’en va en esquivant le sol toujours jonché de cadavres.
En regardant cette gamine éviter les corps, j’ai cette impression qu’à chaque fois nous faisons pire que mieux. Raven arrive finalement en courant. Elle s’arrête net, le souffle coupé. Thibault et moi sommes en sang avec un homme emmitouflés dans mon pull.
On t’expliquera, dis-je en soupirant, appelle un taxi et Éric stp.
Qu’est-ce que vous avez encore fait…dit Raven consternée la main sur ses yeux.
Je te jure, ce n’est pas de notre faute pour une fois, s’insurge Thibault qu’on le prenne partiellement responsable de ça.
On retourne rapidement à l’hôtel, Raven fait descendre les autres. Pas le temps d’expliquer et on prend le taxi. La police commence à arriver, les Hérauts ne vont pas tarder et il ne faut pas qu’on soit vu dans le coin. On arrive assez vite à l’aéroport et ni une ni deux, on s’envole vers l’Enfer.
Alex et Thibault, venez un peu devant, demande Éric
On se lève péniblement pour se rapprocher de lui.
Pour être honnête les gars, vous allez ramasser sérieusement. Le commandant a vu les infos…
Sur les infos en question, on me voit me briser le coude…un journaliste est arrivé à me filmer pile à ce moment-là. En vrai, je me trouve plutôt cool sur la vidéo, mais c’est un autre sujet. Cependant, manque de bol pour ne pas changer. Pour une fois, j’ai cru que j’allais m’en tirer sans trop de problème. Éric chuchote :
Et qui est ce type sur la banquette, il est rempli de sang et son odeur… Vous l’avez trouvé dans une poubelle ou quoi ? dit-il en regardant derrière son épaule comme s'il voulait vérifier qu’il ne l’entende pas.
Ca ? C’est Cyrus. En gros, il s’est fait manipuler par un groupe de type bizarre, explique Thibault
Éric, incrédule, se retourne en articulant faiblement un “ D’accord…”.
J’ai sincèrement peur du retour à la base. Je n’ai aucune envie de me prendre encore des réprimandes du commandant, lui qui m'a fait confiance pour prendre le poste de chef. J’ai peur de le décevoir et de me décevoir, de voir que je ne suis pas capable de mener une chose à bien. L’Escadron devait être un nouveau départ après les incidents qui m'avaient fait renvoyer de l’école. En ajoutant les deux autres qui étaient saoul… Je n’ai pas gérer, une fois de plus.
Après un bon somme, le train d'atterrissage me réveille en sursaut. Quand on sort de l’avion, Cyrus est pris en charge directement pour le mener à l'hôpital de l’Enfer. Au milieu des militaires, le commandant Folsh me regarde fixement. Je dis aux autres d’aller se reposer à l’Enfer, qu’on fera un débriefing à mon retour en n’oubliant pas de fusiller du regard Vlad et Sirius.
Alex, suis moi, dit-il d’une voix calme mais tout aussi acérée.
Arrivé dans son bureau, nous sommes deux, l’un en face de l’autre sans un bruit. Le commandant crée naturellement ce genre de malaise. Le genre de malaise qui fait que tu ne sais pas si c’est à toi de parler ou non mais en même temps tu sais que tu dois te taire.
On s’est encore bien amusé à ce que je vois, dit-il en me montrant les infos sur son ordinateur.
J’essaie de trouver les mots :
Commandant…mon équipe et moi avons…
Il me coupe la parole.
Je ne veux pas le savoir. Je te préviens, encore un coup du style et je te vire personnellement de l’Escadron, nous ne sommes pas à la maternelle. Il est temps que tu grandisses.
Je baisse les yeux de honte. Folsh reprend :
Tu as tendance à oublier qu'ici tu as trouvé ta place, nous t’avons donné une chance ne l’oublie pas. Puisque tu as du mal à gérer ton équipe, quelqu’un va le faire avec toi. Tu peux entrer, dit-il en élevant la voix.
Un homme entre, une peau basanée de type brésilien, des cheveux bruns frisés et assez fort physiquement, me laisse sans voix. Oui, il est beau mais là, ça n'a rien avoir. C’est qui ce type ? Le commandant le présente à sa place.
Je te présente Timéo Gánti alias Hélios, c’est un Manieur d’Arme qui dirigera avec toi l'Escadron jusqu’à nouvel ordre.
J’écarquille les yeux de surprise. Son sourire narquois me les brise déjà. Ce frimeur va me piquer mon rôle ? Hors de questions que Folsh mette la vie de mes amis dans les mains d’un parfait inconnu.
Je peux me débrouiller sans lui. Le message est passé, il n’y aura plus d’erreur, dis-je en me levant tout en poussant la chaise.
Je vois cet abruti me prendre de haut, son regard hautain me donne envie de lui mettre mon poing dans la gueule. Timéo prend la parole.
Tu sais mec j’ai aucune envie de prendre ta place, pour être honnête je n’en ai rien à foutre que tu aies tuer ta petite équipe durant une mission, ça ne regarde que toi. Je fais juste le taff que tu ne sais pas faire tout seul. Donne-leur des ordres si ça te plait, mais ne me gêne pas.
Il s’en va blaser, les mains en poche l’air de rien. Je me retourne vers le commandant pour lui dire le fond de ma pensée.
Vous ne pouvez pas laisser un type comme lui au commande, je peux pas vous laissez faire ça, dis-je d’un ton décidé.
Voyant son regard brûlant , j’ajoute :
Avec tout le respect que je vous dois…
Sa posture et son regard se détendent.
Alex, tu n’es pas un mauvais chef mais parfois même les bons chefs ont des mauvaises passes, en espérant que Timéo te fasse prendre conscience des responsabilités que ton rôle incombe.
Bordel…
Je suis dépité mais bon je ne peux rien y faire. Si Folsh l’a décidé ainsi, ce sera comme ça que cela se passera. Le commandant reprend la parole :
Sur ce, le sujet est clos. Tu peux disposer, je viendrais vous trouver si j’ai une mission à vous confier. Et en attendant, pas de grabuge, dit-il en fronçant les sourcils mais sans méchanceté.
Je souffle, je lui lâche un “oui” à peine audible et sort du bureau. L
e bureau se trouvant à 20 min à pied de l’Enfer, j'ai le temps pour réfléchir à mon aise. Je croise Gator et Solaris de loin et leur fait un simple signe de main pour les saluer. En temps normal, j’aurais été leur parler mais là j’en ai aucune envie. À force de regarder le sol, je me prend quelqu’un. Comment je peux me prendre qui que ce soit vu la taille de la base, sérieux quoi.
L’individu s’arrête, et me sourit. Peace… Quelle heureuse surprise, il ne manquait plus que lui. Un truc ne me plait pas chez lui mais pourtant quand il est en face de moi, je n’ai aucun sentiment négatif à son égard. C’est étrange. Il est surpris et étonnamment heureux de me voir.
Aleeeeeex, comment tu vas ? J’ai entendu que tes dernières missions n’étaient pas top top, c’est vrai ?
Pourquoi faut-il qu’il me tape la conversation à chaque fois qu’il me croise celui-là.
Oui, on a eu un peu de mal ces temps-ci mais c’est une mauvaise passe, dis-je le plus évasif possible
Ne t’en fais pas tu remonteras vite la pente, j’en suis persuadé. Fais confiance au numéro 1, je ne me trompe jamais.
Sans me laisser répondre, il me tape l’épaule et s’en va. Je ne peux pas m'empêcher de penser “ce type n’a aucune mission ou quoi ? “. Il y a aussi le fait qu’on ne connaisse pas son pouvoir. Les gens théorisent que ce soit sur les forums où ici. Moi-même, je n’ai aucune idée de ce que ça pourrait être. En tout cas, s’il est numéro un, son pouvoir doit être sacrément balèze. Malgré son physique de gringalet….Tant que les supérieurs le connaissent, ma foi... Histoire de ne pas embaucher quelqu’un sans avoir aucune idée de comment l'arrêter au cas où il se retournerait contre eux.
Quand j’entre dans l’Enfer, je vois Timéo installé avec les autres à table.
Qui voilà, ne t’embête pas à leurs expliquer Co-chef, je m’en suis occupé. Lâche-t-il en souriant
Alex viens t'asseoir ! s’exclame Sirius. Timéo nous raconte comment il a vaincu un des chefs d’Oxiras !
Pfff, une magie de feu contre une Croisade en pleine forêt. Quel exploit, dis-je sur un ton nonchalant.
Thibault ne prête pas attention à ma remarque. Il me jeta un regard du coin de l'œil, toujours avec son sourire de parfait abruti. Je ferme les yeux en secouant la tête. Je souffle et monte dans ma chambre. J’essaye de ne plus fumer , mais ce soir je m’en fume une sur la terrasse sinon je risque d’étriper quelqu’un. Je ferme à clé ma chambre en entendant les autres rires en bas comme si de rien était.
Putain de journée.
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