Univers 5419 : L’invasion Nelian. Partie 1

 


Après la Russie, les États-Unis étaient tombés. Personne n’aurait imaginé que deux des plus grandes puissances mondiales puissent reculer face à l’envahisseur. Reculer n’était d’ailleurs pas le terme exact : elles avaient été anéanties.


Que dirons-nous à nos enfants ?  lança-t-il d’une voix éraillée. Dirons-nous que nous nous sommes rendus sans combattre ? Que penseront-ils de nous ?

Il serra le poing, et hurla :


  • Londres est encore debout ! Défendons-là au péril de notre vie ! s’écria Franc Rogers

Il n’avait pas fait un long slogan comme à son habitude. Cette fois, il n’y avait personne pour l’acclamer. Des quinze recrues présentes autrefois, il n’en restait plus que trois.
La salle d’opération paraissait vide, mais le bip frénétique du scanner la remplissait d’une présence étrange.

Giulia s’approcha de l’appareil. Sur une grande table, une carte holographique se déploya. Après quelques glissements de doigts sur le côté, elle tomba sur la créature. Un Nélian. Un monstre venu d’ailleurs.

Elle en avait déjà vaincu plus d’un, mais à chaque mission, elle avait conscience que cela pourrait être la dernière. Rien ne pouvait la préserver du sort que les monstres avaient réservé à ses camarades.

Leur but n’était pas spécialement d’annihiler toute vie sur terre. Les Nélian sont ce qu’on appelle : des Voyageurs. Ils cartographiaient l’Univers pour amasser toujours plus de connaissances. Pour voyager, ils avaient besoin d’énergie. D’une immense quantité d’énergie. Quoi de mieux qu’un noyau planétaire pour remplir leurs réserves ?

Au début, ils essayèrent de creuser directement à même le sol. Très vite, ils se rendirent compte que le travail était fastidieux. Ils ne pouvaient pas creuser assez vite lorsqu’on tuait un par un leurs monstres. Alors, les Nélians s’adaptèrent. Ils devinrent plus grands, plus résistants, plus sauvages. Et l’humanité fut rapidement dépassée.

Moscou fut la première à tomber, anéantie par un Nelian. Quelques mois plus tard, les États-Unis connurent le même sort. Les fosses que creusaient les monstres devenaient de plus en plus profondes.

Ils étaient intelligents, et revenaient souvent sur d’anciens trous commencés par leurs prédécesseurs. Le fait qu’ils reviennent aléatoirement sur d'anciens sites ou non avait créé une surveillance permanente de ses trous, affaiblissant et divisant davantage les troupes terriennes. Très vite, les cités tombèrent une à une, laissant place à des champs de ruines et de cadavres.

Au bord du gouffre, à deux doigts de l’extinction, l’humanité joua sa dernière carte.

Les Nélians avaient besoin d’énergie, mais les humains aussi. Alors, les humains firent comme eux. Ils creusèrent. Encore, et encore, toujours plus profondément. L’union des nations restantes s’organisa autour d’un seul et unique objectif : puiser l’énergie du noyau planétaire avant les Nélians.

Un beau jour, ils y parvinrent.

Le Puits de Gaïa venait de naître.

Mais cette ultime carte était à double tranchant. En perçant la Terre, l’humanité venait d’offrir aux monstres la possibilité de gagner...

Mais fallait-il encore qu’ils arrivent jusque-là.

L’énergie extraite permit une découverte révolutionnaire : un nouvel alliage, le Gaïatium.

Léger, extrêmement conducteur, presque vivant. Il pouvait se tordre sans se rompre, et sa résistance n’avait aucun égal.

Grâce à lui, l’armée terrienne construisit des avions de chasse surpuissants propulsés à des vitesses prodigieuses ainsi que des tanks blindés et quasiment indestructibles. Le seul problème avec ses machines, c’est qu’elles ne pouvaient pas être adaptées à tout type de terrain. Il fallait inventer une machine capable de se battre dans n’importe quel environnement, capable de s’adapter aux monstres qu’elles affrontent et surtout, de pouvoir tuer ses créatures le plus vite possible avant qu’ils ne pénètrent dans le Puits de Gaïa.

Les ingénieurs du monde entier se mirent au travail. En quelques mois, une ébauche de projet vit le jour. Très vite, le projet prit de l’ampleur. Les matériaux furent transportés aux différentes bases de l’armée à travers le monde, et conjointement, l’ultime bastion de l’Humanité fut assemblé : les IronEarth.

Des armures géantes semi-conscientes, contrôlées par un humain. Dès leurs déploiements, ils démontrèrent une grande capacité à survivre. Les tanks et les avions ne tenant pas plus de quelques missions en général, les IronEarth revenaient cabossés, mais en un seul morceau.

Mais ces machines avaient un défaut : il fallait leur trouver un pilote compatible. Chaque IronEarth ayant sa propre personnalité, il fallait que le pilote et lui soient parfaitement synchronisés.

Après que les pièces furent assemblées, les ingénieurs y intégrèrent une conscience numérique pour faciliter les prises de décisions ou si jamais le pilote venait à mourir. Après que quelques IronEarth eurent été envoyés en mission avec un autre pilote que le leur, on se rendit compte que ce n’était pas une bonne idée. Ils pouvaient devenir instables, allant même parfois jusqu'à s'autodétruire.

Ainsi, sur les quinze pilotes au départ, il n’en restait que trois. Peut-être pas les meilleurs, mais sans doute les plus chanceux.


Franc Rogers – 45 ans,

Ancien général de l’armée de terre américaine. Il dirigeait déjà les premières lignes de défense contre les Nélians, huit ans auparavant

Son IronEarth : Supérior Arès

Son IA : impulsive, adepte du combat rapproché.


Giulia Ricci – 22 ans,

Ancienne championne du lancer de javelot à 15 ans, elle a rejoint les rangs du programme IronEarth par hasard, et a été sélectionnée. C’est la dernière recrue

Son IronEarth : Hover Neptune.

Son IA : maligne et analytique, préférant le combat à distance.


Marcus Martins – 60 ans,

La plus vieille recrue jamais enregistrée. Ancien pilote de ligne, il rejoignit le programme par accident, après être tombé sur un IronEarth dont le pilote venait de mourir. Un des rares cas connus de changement de pilote.

Son IronEarth : Quasar Quetzal

Son IA : protectrice, douce, préférant les coups uniques… Mais mortels.

Voici les derniers pilotes encore en activité.

Le Gaïatium se faisant rare, il était devenu difficile de créer davantage d’IronEarth.

Dans la salle de commandement, le silence pesait lourd. Seuls résonnaient les bruits des machines et les échos lointains des alarmes. Les trois pilotes se tenaient prêts.

Giulia passa sa main pour faire défiler la carte. D’un point rouge sur la carte, leur nombre était croissant. Il y en avait au minimum une dizaine se rapprochant tous du Puits de Gaïa. Les trois pilotes se regardèrent. Ils ne dirent rien, mais ils le savaient tous. Cette mission pourrait être la dernière. C’est la première fois qu’ils se retrouvaient en une telle infériorité numérique. La taille des Nélians sur la carte variait de quatre à quinze mètres. Les plus petits seraient vite balayés, mais les cinq plus grands devraient nécessiter au minimum deux robots pour être neutralisés. Ils n’avaient pas le temps d’établir un plan d’action, les Nélians se rapprochaient bien trop vite.

  • Mon robot est le plus rapide d’entre nous, c’est à moi d’aller affronter les plus grands. Je vais essayer de les retenir au maximum. Pendant ce temps, tuez les plus petits qui se rapprochent du Puits. Franc, tu pourras laisser Arès se déchainer, expliqua Marcus à l’intention de Rogers

Giulia réfléchissait à un autre plan. Marcus était un peu devenu une sorte de père de substitution pour elle, le laisser affronter seul des Nélians d’une telle taille ne lui plaisait pas. La voyant angoissée, il mit sa main sur son épaule tout en la rassurant.

  • Quetzal me protégera, je ne risque rien, dit-il calmement. La priorité est qu’il n’y en ait aucun qui pénètre à l’intérieur du Puits. Ensuite, nous aviserons…

Elle hocha la tête en guise d’acceptation. Elle n’était pas rassurée, mais elle avait de l’espoir. L’espoir que tous ses sacrifices n’aient pas servi à rien.

Ils mirent leurs casques ainsi que l’armure qui permet de faire le lien entre eux et leur robot. Les IronEarth les attendaient prêts dans le hangar. Devant ses géants d’une quinzaine de mètres, ils se regardent compatissants, ne sachant pas qui reviendrait cette fois. Franc serra fermement la main de Marcus en guise de courage, tandis que Giulia leur sauta dans les bras. Après une longue étreinte, ils s’avancèrent vers leur géant respectif, et montèrent l’escalier métallique qui mène au cockpit.

Dans l’immense crâne de fer, un décompte apparut sur l’écran de leur casque. Ils descendaient frénétiquement, la tension augmentait au fil des chiffres.

  • Bonne chance à tous. Faisons de notre mieux, exprima Franc le plus positivement possible

Remplies de courage et d’adrénaline, les trois recrues rentrèrent en lien avec leurs IronEarth.

  • Quetzal, nous avons une mission. Tu penses que c’est possible de faire Madagascar-Londres en moins d’une heure ? demanda Marcus à son robot

  • Il faudrait dépasser le Mach 7, c’est plus vite qu’on n’a jamais été, dit l’IA avec hésitation

  • Je sais… Mais est-ce possible ?

  • Je n’ai jamais dit que c’était impossible, Marcus. Mais il va falloir que j’utilise du Gaïatium pour la poussée, ce qui réduira nos défenses là-bas. Je suppose que tu valides la commande ?

À l’intérieur du cockpit, le vieil homme sourit.

  • Tu me connais trop bien, mon ami.

Quetzal créa deux énormes réacteurs sur son dos. Dans une énorme explosion de gaz et de flamme, le robot décolla. La lumière de ses réacteurs embrasa le ciel du jour qui commençait à se lever.

Franc et Giulia le regardèrent s’envoler en direction de l’Angleterre.

  • On ne devrait pas faire comme lui ? La situation est tellement critique, dit la jeune recrue.

Arès tourna la tête vers Neptune comme s’il s’adressait directement au robot.

  • Nous ne pouvons pas nous permettre d’utiliser autant de Gaïatium. Nous en avons besoin pour créer nos armes. Déjà que le déplacement jusque-là risque de nous coûter près de 25 pourcent de notre charge totale.

Franc a raison, ils ne peuvent pas risquer de perdre autant de matériaux. Le GPS indique trois jours de marche. Couplé à de légers propulseurs au Gaïatium, le trajet ne faisait plus que 18 heures. Ils en avaient conscience : commencer une bataille en ayant déjà entamé grandement les réserves était presque du suicide. Ils devaient faire vite, même si l’un d’eux devait affronter ces monstres seul. Le temps que Marcus gagnerait permettrait aux deux autres de pouvoir arriver sur le site avec une batterie amoindrie, mais raisonnable.

Ils se mirent en route d’un pas rapide, le métal écrasant arbre et débris d’anciennes habitations sur leur passage.

A suivre...

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