Nestos, de son côté, déambulait dans le
couloir de gauche. Devant chaque porte, il s’arrêtait pour repérer même le plus
petit son que quelqu’un pourrait produire. Il passait de porte en porte, mais
rien. Aucun signe de l’empereur ou de se femme. Le garçon se retourna. Sa sœur
marchait fièrement avec son épée posée sur l’épaule. Il poussa un soupire. Elle
devrait prendre ça au sérieux, notre vie et celle du royaume en dépend pensait-il.
Plus les années passaient, plus le
comportement relâché de sa sœur l’exaspérait. Ils s’entendaient si bien avant. Depuis
trois ans, leur relation avait changé. Ils étaient moins d’accord avec l’autre,
et se parlaient par nécessité plus que par envie. Cette situation l’attristait
même s'il ne pourra jamais l’avouer. En se remémorant ces souvenirs, il passa
brièvement les doigts sur sa prothèse. Plus jamais je ne me laisserais
manipuler murmura-t-il à haute voix.
Après avoir prononcé ses quelques mots, il
sentit comme une sorte d’agitation dans une pièce à deux voire trois mètres de
sa position. Nestos avança à pas feutré en se
collant dos contre le mur. L’agitation précédemment entendue devenait de plus
en plus faible, mais était toujours audible. Il en était sûr, ce bruit venait
de la porte juste en face de lui. La porte était simpliste, sans fioriture et
exempt de tout signe de richesse. Le guerrier saisit fermement son poignard et
tourna précieusement la poignée. La pièce était une chambre simple, aussi
simple que la porte. Dans le fond de celle-ci, une fenêtre fissurée et dentelée,
partiellement recouverte de ses tentures tachées d’une substance inconnue. Il
ne vit personne, à moins que quelqu’un se cache sous le lit à baldaquin. Cette
supposition lui semblait peu probable, mais il devait en avoir le cœur net. Un
pied après l’autre, il marcha jusqu’au grand lit couvert par un vieil édredon brun.
Il posa un genou sur les lattes poussiéreuses du sol, un craquement de
vieillesse vint rompre le silence.
Sous le lit, il n’y avait rien à part quelques
moutons duveteux qui voguaient ci et là. Un autre craquement, celui-ci bien
plus violent, surprit Nestos. Il se redressa. À peine remis sur pied, qu’une
dame se jeta sur lui. Elle tenait fermement un morceau de la fenêtre. Sa poigne
comprimait si fort le verre qu’une trainée de sang rendait l’éclat presque
opaque. D’un revers de sa prothèse, il la désarma. Le débris fut projeté hors
de portée des deux adversaires. La dame, pris de panique, courra sans attendre
de l’autre côté du lit. Elle saisit un pot de chambre vide et le projeta de
toute ces forces vers le guerrier. Nestos ne bougea pas et dévia une fois de
plus l’objet sans difficulté. Puis, ce fut à lui de s’avancer. Il alla à sa
rencontre. Elle recula d’un pas quand celui-ci se rapprochait d’un pas. Très
vite, elle sentit une surface froide et dur contre son dos. Bloquée par le mur
de la vétuste chambre, elle ne pouvait plus s’échapper. Le corps de la dame
tremblait. Pourtant, dans son regard, on ne pouvait pas y lire de la peur. Elle
avait une sorte de rage. Une rage insidieuse qui avait l’air de l’avoir fait
souffrir pendant longtemps. Cette femme était dévorée par l’esprit de la
vengeance, se dit Nestos avançant dorénavant le poignard à hauteur de gorge.
- Tu ne peux plus reculer. Alors
dis-moi, qui es-tu ? S’exclama le garçon sur un ton grave.
La mâchoire de la dame se serra et déglutit
tout en ne le lâchant pas une seconde du regard. Elle se redressa et s’exprima
sur un ton désinvolte :
- Je suis la femme de l’Empereur,
espèce de sauvage, lui répondit elle avec mépris.
Un léger sourire en coin grava le visage de
Nestos, il l’a trouvé.
- Je suppose que vous n’acceptez pas le traité ? Demanda le guerrier en connaissant la réponse.
La femme de l’Empereur se mit à rire. Le rire
en question était une vraie esclaffade, elle rit à gorge déployée. Elle en eu
presque les larmes aux yeux.
- Je peux savoir ce qui vous fait
rire ?! Vocifèra Nestos qui déteste
qu’on se joue de lui
Son rire résonnait dans la petite pièce. Elle
finit par se calmer et avança d’un pas vers le garçon.
- Nous aurions dû protéger les
nôtres directement en vous éliminant. Mon mari n’est qu’un lâche se prélassant
dans une vie avec un semblant de paix. Tant qu’il y aura d’autres nations, nous
ne pourrons jamais vivre libre, lui répondit elle à quelques centimètres de son
visage.
Pris au dépourvu, il recula et manqua de
s’affaler sur le lit.
- Si vous aviez signé, nous aurions
pu vivre tous ensemble. C’est votre faute. Ce carnage, vous êtes les uniques
responsables, dit-il en lui tenant tête. Mon père vous avait laissé une chance,
mais vous avez peut-être raison...
Il se tût. La dame fronça les sourcils, elle
semblait attendre la suite de sa phrase.
- ...nous aurions dû vous éliminer
directement.
Le regard de la femme de l’Empereur plongea
dans les ténèbres de ceux de Nestos. Dans un mouvement rapide, presque
fulgurant, la lame noire du poignard la transperca. Ses yeux écarquillés se
demandant ce qu’il pouvait bien se passer. Tout s’était passé si vite. Elle
recula en titubant. Elle aurait voulu crier, appeler au secours, mais aucun son
ne sortait de sa bouche. Elle avait froid pourtant son sang était si chaud. Il
se répandait sur le guerrier, et sur ses habits de noble. La femme ne se débattait
pas. Elle chercha du regard où pouvait-être l’objet qui l’a fait tant souffrir.
L’homme n’avait rien dans ses mains, il doit-être tombé pensait-t-elle. À tâton,
ses doigts se baladaient frénétiquement sur le sol poussiéreux espérant trouver
l’arme de son salut. Sans une once de pitié, Nestos s’accroupit près de son
visage. La vision de la dame se troubla, elle ne parvenait plus à le reconnaitre.
- Vous m’avez ouvert les yeux sur la
suite des évènements, merci. Remercia le guerrier
Sa main saisit la lame encore figée dans son
corps, et la tira d’un coup sec. Le poignard traversa cette fois son crane du
nez jusqu’au menton. La tête sans vie de la femme de l’Empereur chancella sur
son épaule. Une marée carmine se déversa à grand flot de son cou. En essuyant sa lame sur l’édredon du lit, il
entendit un grand “boum” comme si un lourd objet venait de chuter. Rapidement,
il sortit de la chambre laissant la dépouille inanimée derrière lui. Adélis a
peut-être des problèmes pensait-il. Elle reste sa sœur, il est hors de question
qui lui arrive quoi que ce soit. En sortant, il la vit au fond du couloir
marcher doucement, le regard dans le vide. Ils revinrent à l’endroit où ils
s’étaient précédemment quittés.
- L’Empereur, il a... Il a sauté
dans le vide, je n’ai rien pu faire. Dit-elle avec amertume.
Nestos hocha la tête doucement de haut en bas.
- J’ai trouvé sa femme, elle
baignait dans son sang que je suis arrivé. Près d’elle, il y avait un bout de
verre ensanglanté. Elle a dû se suicider, lui répond-il désolé
Adélis constata que son armure était trempée
de sang. Il n’avait pas de blessure voyante, il a dû probablement essayer de
contenir son hémorragie pensa-t-elle et ne lui fit pas remarquer. Elle descendit
les escaliers de marbre accablé par la situation, son frère la suivait de près.
Ils repoussèrent ensemble la grande porte et retournèrent sur le champ de
bataille.
Il avait bien changé depuis qu’ils s’étaient
absentés. Un amas d’une cinquantaine de personne tous à genoux les attendait.
Dans le lot, des hommes et femmes en armures tandis que d’autres portaient une
tunique simple ou un tablier comme le boulanger. Tous les habitants étaient
réunis et à la merci du Royaume. Un tas de lance, d’arc et d’épée étaient posés
derrière les soldats qui tenaient en joue le peuple ennemi. Après la mort de
leur chef, la victoire semblait vaine et elle l’était. Les troupes du Royaume
étaient bien trop nombreuses en comparaison avec les quelques maigres forces
adverses. Adélis ne se délectait pas de la situation et avait du mal à regarder
les pauvres habitants soumis à leur autorité.
- Partons Nestos, nous n’avons plus
rien à faire ici. S’exclama-t-elle en prenant les rênes du cheval qu’un
capitaine venait de lui apporter
Son frère resta là sans bouger, il
réfléchissait.
- Pars devant, je vais m’occuper de ça, dit-il les yeux tournés vers l’attroupement. Je garde quelques soldats au cas-où, nous nous retrouverons chez père.
- Que vas-tu faire ? Demanda sa sœur inquiète
- Je vais faire passer un message,
répondit-il en claquant la croupe de son cheval
L’animal se rua et parti en trottant suivi par le reste des soldats. Seulement une poignée restait avec Nestos. Le garçon regarda sa jumelle s’en aller. Quand il la vit disparaitre à l’horizon, et seulement à ce moment-là, il détourna les yeux.
- Que faisons-nous commandant ? S’adressa à lui un capitaine au visage balafré
L’ennemi tremblait. Paysan comme soldat, tous
étaient logés à la même enseigne, celle de prisonnier. Sa prothèse le lancait.
Chaque année en hiver, la douleur de son membre coupé venait le hanter. Il
serra son poignard et marcha entre les soldats en joue. Près de lui, une
vieille dame l’implora les mains jointes :
- Pitié... Nous ne sommes pas
responsables des décisions de l’Empereur. Nous ferons tout ce que vous voudrez
! Vous pouvez nous faire confiance...
Les autres prisonniers acquiescèrent de rapide
mouvement de tête. Nestos passa délicatement sa main de métal dans ses cheveux
gris.
- Elle aussi m’avait dit ça.
Maintenant, je n’ai plus qu’une main pour implorer Dieu.
Sa poigne se referma sur ses vieilles mèches
grises. La dame ne dit rien, mais la douleur était assez intense que pour que
des larmes perlent sur ses joues. Ou peut-être était-ce des larmes de peur ?
Le poignard du garçon s’écrasa violement dans
son crâne, juste au-dessus de son oreille droite. Un cri de panique général déchira
le silence morbide.
- Passons le message, maugréa-t-il à
l’intention de ses soldats en lâchant la vieille tignasse sans vie.
Durant l’heure qui suivit, la vallée aurait
pût être rebaptisée “ La vallée hurlante “.
Essoufflé par ses actes héroïques, Nestos
s’assit après être monté sur un des remparts. Il contempla la vue. Elle lui
semblait si paisible, si calme, si dénuée de tout mal. Les cadavres de l’Empire
jonchaient le sol boueux, mais ce n’est pas grave. Ce n’était que le prix à
payer pour la paix, se rassura-t-il
L’Empire Gorgonien venait de vivre sa journée la plus funeste. Il venait même de vivre la dernière de ces journées.
Adélis arriva au Royaume et quelques heures
plus tard, les troupes de son frère et lui vinrent les rejoindre. Le Royaume
Unifié de Roguemandiar se dressait devant Nestos. Bientôt, tout le pays de
Léthzel serait sous le joug du Royaume. Bien que le mot “ joug “ ne soit pas
glorieux, il en était ainsi. Agamemnon, le roi, avait de bonne intention, mais
il restait un roi qui agissait pour dominer les autres. Le traité de paix
n’était qu’un papier à signer prouvant la domination du Royaume sur ceux de ses
ennemis.
Un immense pont levis descendit des remparts
pour accueillir les troupes de Nestos. Le roi avait fait construire ses
fortifications autour d’un long court d’eau pour lui assurer une défense
supplémentaire. Immédiatement, Adélis vint à sa rencontre.
- Père veut nous voir. Au vu du ton
qu’il a pris, ça semble urgent. Dit-elle en enlevant ses épaulières.
Elle ne put s’empêcher de remarquer son visage
remplit de taches rouges éparses.
- Que s’est-il passé Nestos ? Tu ne
me dis pas tout. Lui demanda-t-elle avec un soupçon de colère.
Il descendit de son cheval et s’arrêta à sa
hauteur.
- Nous avons eu une forte tête. La
survie du Royaume en dépendait, répondit-il d’un ton las avant de s’en aller
vers le château central.
Adélis aurait aimé rajouter quelque chose,
mais il s’éloignait vite. Ses troupes passèrent devant elle. Elle regarda le
capitaine balafré, ils se connaissaient depuis tant d’années. Il n’eut aucun
regard ou geste à son égard, il l’ignorait totalement. À l’arrière, un jeune
soldat guidait mal son cheval. L’animal vacillait à droite à gauche à faible
allure.
- Tout va bien petit ? Lui demanda
la guerrière.
Le soldat sursauta et hocha rapidement la tête sans prononcer un mot. Son cheval accéléra jusqu’au écurie non loin de là. Adélis le suivit.
Quelques heures plus tard au château du
roi.
Nestos entra dans la salle du trône où se
tenait son père. Le siège royal était parsemé d’obsidienne et d’or. L’homme âgé
à la barbe grisonnante se leva difficilement. À ses doigts, les bagues faites
en alliages précieux tintèrent d’un léger cliquetis contre le métal du trône.
- Mon fils, articula-t-il à voix
basse. Raconte-moi, l’Empire Gorgonien s’est-il rendu ?
Le garçon posa un genou à terre la tête
baissée. Immédiatement, son père lui intima de se redresser. Il s’exécuta.
- Ils nous ont attaqué, nous n’avons
eu d’autres choix de nous défendre, père, expliqua Nestos
Le roi poussa un “hmmm” de réflexion en se
rasseyant, comme si la situation venait de l’affecter.
- C’est fâcheux, leur soutien nous
aurait été plus que bénéfique. Dit-il en posant sa main sur son crâne
partiellement dégarni. Qu’avez-vous fait des paysans ? Ils pourraient toujours
venir habiter au royaume.
La mâchoire de Nestos se serra, il ne savait
pas quoi lui répondre ou plutôt quoi inventer.
- L’Empereur avait armé les paysans,
les enfants et les vieillards. Nous n’avons pas eu d’autre choix que de nous
défendre une fois de plus père, dit-il le plus durement possible
Le roi poussa un nouveau souffle de réflexion.
- Comment un chef peut-il traiter
ses sujets d’une telle façon... Je ne me réjouis pas de la mort d’un semblable,
mais peut-être que sa mort apportera une paix pérenne désormais.
Le guerrier renchérit voyant que le mensonge
prenait.
- Ce n’était qu’un fou père... Sa
femme était également le pire des monstres. Avant de l’éliminer, elle me confia
avoir tué un nombre incalculable de demoiselle prenant en admiration son mari.
Les vieux yeux de l’homme âgé s’ouvrirent de
surprise. De telles horreurs si proches de lui, et il n’en savait rien.
- Bonté divine... Quel monstre
pouvait bien diriger ces pauvres habitants... Est-ce de notre faute ? Peut-être
sommes-nous trop bons avec des individus dont nous ne connaissons rien ?
Nestos eut un sourire qu’il ne put camoufler.
- Père, nous devrions sévir bien
plus tôt. Ce jour est encore une preuve que le monde hors du royaume est
dangereux. Je peux prendre un cheval et des hommes pour aller de ce pas aux
portes de l’Empire d’Adrioca. S’exclama-t-il à voix haute pour exprimer toute
sa détermination.
Le roi désemparé, le regard triste fit un
geste de la main à son fils symbolisant son accord.
- Le désordre n’a pas sa place dans
ce monde... Murmura-t-il en serrant fermement le manche de son trône.
Nestos n’entendit pas, il s’en était déjà
retourné à la conquête du prochain empire. Il traversa le long couloir aux
trophées de guerres diverses et variés et arriva à la porte de sortie. Une voix
féminine sortit de derrière un mur qu’il venait de dépasser.
- Tu as perdu la raison Nestos. Je
sais ce que tu as fait. Je ne peux pas te laisser partir, dit la voix
Le garçon s’arrêta. Aucune émotion ne pouvait
être lue sur son visage. Il n’était pas surpris, ni en colère, ni même apeuré.
Il savait qu’elle l’apprendrait tôt ou tard.
- Que comptes-tu faire pour m’empêcher
de passer ? Ma sœur, veux-tu réellement que nous en arrivions là ? Lui demanda-t-il
calmement
Adélis l’attrapa par l’épaule et le retourna
violemment.
- Tu ne daignes même pas me regarder
! Est-ce la honte qui te fait agir de cette façon ? Dit-elle sans attendre de
réelle réponse. Tu n’es plus le même, qu’est-ce qui a changé chez toi ?
Nestos la toisa d’un regard méprisant.
- Je n’ai pas changé, je suis simplement réaliste, lui répondit-il en dégageant sa main avec sa prothèse. Toi et père refusez de voir le monde tel qu’il est vraiment.
Il tourna les talons et saisit la poignée de
la porte. Sa sœur l’attrapa une fois de plus pour le retourner. S’en étais trop
pour le garçon. Nestos se retourna et frappa violement Adélis en plein ventre.
La prothèse métallique vint s’écraser contre son estomac. La fille tomba au sol
le souffle coupé.
- Je t’avais prévenu, ne te mets pas
en travers de ma route Adélis.
Il ouvrit la porte et sortit. La guerrière
prit quelques secondes à digérer les évènements. Péniblement, elle se releva en
prenant appui sur le fourreau de son épée. Elle n’était plus en armure, mais
par chance avait laissé sa cote de maille ce qui avait atténué le coup.
Tout à l’heure, elle avait suivi le jeune
destrier et très vite, il avait craché le morceau. Là, elle n’avait pas manqué
une seule bride de la conversation de son frère et du roi. Si je ne l’empêche pas d’agir, il risque de
massacrer tous les habitants d’Adrioca pensa-t-elle. En reprenant son souffle,
elle poussa maladroitement la porte et parti à ses trousses.
Elle le vit à l'abord de l’écurie, il était
seul. S’il part, il sera vite entouré de ses soldats, Adélis devait agir maintenant.
Sans prendre le temps de réfléchir davantage, elle s’élança dans sa direction.
Ses jambes musclées frappaient la terre pour arriver le plus vite possible à
lui barrer la route. Il monta sur son cheval, et s’approcha du pont levis. Avec
un geste de la main, Nestos ordonna à un garde de tourner une manivelle. Il
s’exécuta et le pont se mit à descendre.
Elle n’arriverait jamais jusque-là avant que
la porte touche le sol. Dans l’élan de sa couse, elle dégaina l’épée de son
fourreau. Le bras arqué vers l’arrière, elle projeta son épée le fort possible
vers la manivelle. La lame rentra dans les rouages du mécanisme et le bloqua
aussitôt. La porte se stoppa net.
Son frère s’arrêta et tourna la tête dans sa
direction. Essoufflée, sa sœur passa devant lui. Un pied contre la manivelle,
elle délogea l’épée prise entre les morceaux d’acier de la machine et la porte
s’abattît avec fracas. Comme à son habitude, et avant chaque combat, elle
déposa sa lame sur son épaule. Nestos descendit de sa monture.
- C’est donc réellement ce que tu
veux ? Pense au royaume, pense à ses habitants. On veut tous les deux la même
chose. Adélis, allons à Adrioca ensemble, lui dit-il la main tendue.
La guerrière regarda son frère avec amour.
Puis, elle se mit en garde.
- Tu vas rester ici. Ce n’est pas ta sœur qu’il te le demande, c’est la future Reine qui te l’ordonne. Lui hurla-t-elle au visage.
- Toi une reine ? Il n’y aura qu’un
seul dirigeant pour le royaume... et se sera le Roi Nestos !
D’un bond, il se retrouva en face de sa sœur.
Elle se recula aussi vite que possible surprise par la vitesse de son frère. Le
poignard noir glissa sur sa cote de maille créant de petite étincelle. Adélis
donna un coup droit avec le plat de sa lame, mais il était déjà quelques mètres
en arrière. Elle s’avança tenant fermement son épée. Elle souleva son arme
au-dessus de sa tête et la descendit d’un coup sec. Le plat de la lame s’écrasa
dans l’herbe tandis que Nestos se tenait à quelques centimètres d’elle.
- Tu as beau être forte, tu ne seras
jamais aussi rapide que moi ! Hurla-t-il
Il donna un grand coup de pied dans le pommeau
de l’arme et Adélis le lâcha sous le choc. L’épée tomba grossièrement au sol.
Un œil sur son frère et l’autre sur son arme, elle tendit la main pour la
ramasser. Distraite, elle ne vit pas le coup de pied de son frère lui arriver
en plein visage. Avant qu’elle ne tombe, il la rattrapa avec la main droite par
le haut de sa protection thoracique. D’un coup sec, il la rapprocha de lui. Sa
prothèse d’acier s’écrasa contre son nez dans une gerbe de sang. Il l’a laissa
tomber à la renverse tel une poupée de chiffon.
Malgré la violence, la haine et la douleur,
elle parvint à se relever. Une main sur son nez distordu, elle le vit ramasser
son immense épée. Il tenta de la mettre sur son épaule, mais son poids était
bien trop grand. Il finit par la laisser tomber.
- Il n’y a pas un jour où je ne me
remémore pas sa trahison, dit-il en regardant sa prothèse. Le jour où notre
mère m’a tranché le bras pour s’enfuir dans son royaume natal. Se marier avec
père pour espérer le renverser... Tu ne peux pas savoir la joie que j’ai
ressenti quand j’ai appris que son royaume avait été assiégé et détruit. Il n’y
a que les gens que nous aimons qui peuvent nous détruire Adélis.
La guerrière n’arrivait plus à parler, la
douleur commencait à la faire tourner de l’œil.
- J’espère que toi aussi tu te
souviendras de ce jour.
Paralysée, Adélis ne put bouger. Le poignard
de son frère transperça son bras gauche. La lame traça un chemin entre ses os,
ses muscles et ses veines les sectionnant tous dans un geste rapide. La
guerrière hurla et tomba à genoux. Il mit sa lame sous sa gorge.
- Chère sœur, maintenant, tu es
comme moi.
- Nestos... Pourquoi... Murmura-t-elle
avant de s’effondrer
Il l’a vit tomber évanoui. Pourtant, il lui
répondit :
- Parce que la paix a besoin d’un
bras droit, et non d’un bras gauche.
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