Univers 16 : Les jumeaux du Royaume. Partie 1

 

 



  •     Tu penses que nous bâtissons un monde meilleur Adélis ?
  •         Je ne sais pas Nestos. Le monde dans lequel on vit pourrait être encore pire, dit sa sœur en haussant les épaules.

Les jumeaux arrivaient non loin de l’Empire Gorgonien. La traversée du pays leur avaient pris une semaine à cheval. Leur visage ne dégageait ni peine, ni une quelconque joie. Ils ne semblaient pas non plus insensibles aux chaos qu’ils amenaient. À leurs trousses, une armée. Elle les suivait de peu. Ils n’étaient pas effrayés. Pourquoi le seraient-ils ? Cette armée, elle les suit eux. Adélis et Nestos, les “ Jumeaux aux trois lames.

Le Roi Agamemnon, leur père et souverain du Royaume Unifié de Roguemandiar, les y avait envoyé aux portes de l’Empire pour y faire passer un message clair.

“ Signez le traité ou périssez “  

Le roi n’était pas mauvais, ni avide de pouvoir. Il avait simplement compris que l’unité faisait la force d’un royaume. Ses prédécesseurs avaient déjà tenté par le passé une trêve avec l’Empire. Celui-ci avait refusé les traités de paix et les échanges commerciaux des lustres durant. Pour le Roi, il était plus que temps d’agir. L’âge prenant le dessus sur ses ambitions guerrière, il était plus sûr d’y missionner les jumeaux.

Entrainés depuis l’enfance, ils étaient passés maître dans l’art de la guerre. À la simple vue des trois lames, la plupart des bataillons se rendaient. Nombre de Royaume et d’Empire du pays de Létzhel avait été conquis par leur seule présence. Ils n’avaient jamais été présomptueux malgré l’attrait à une certaine célébrité. Ils agissaient dans le bien du plus grand nombre, pour protéger à tout prix les habitants du Royaume.

Ils ne conquéraient pas dans le but d’assimiler, mais dans le but d’unifier.

Les enseignements du roi avaient fonctionné. Bien qu’il fallût un temps conséquent pour leur faire comprendre. Après des années de règne, il avait compris une chose : l’union fait la force. Le désordre n’a pas sa place dans notre monde, pensait-il à chacune de ses réflexions.

Il voyait l’humain comme un être avide, il connaissait assez de roi pour l’avoir compris. Il observait ses comparses se sustenter goulument de la richesse de leur peuple. Cela le fit se questionner et méditer sur ses choix. Voulait-il lui aussi dévorer les fruits d’un arbre qu’il n’a même pas regardé ?

Alors, il éleva ses enfants dans l’espoir que l’un d’eux le succède dans cette voie.

Sous le pas des chevaux, les feuilles orangées miroitaient. Les cheveux d’Adélis suivaient le vent qui s’engouffrait dans la petite vallée. En contre-bas, les remparts de l’Empire délimitaient précisément la ligne à ne pas franchir.

  •     Ils doivent savoir que nous arrivons, dit la fille à son frère.

Nestos ne répondit pas, il resserrait le morceau de métal qui l’avait en guise de main gauche. Il y a tellement longtemps que sa main lui avait été tranchée qu’il avait presque oublié qu’un jour elle avait été de chair et d’os. Mais, elle avait raison. Par-delà les remparts, une troupe d’archer bandait leur arc près à décocher. Adélis leva son bras pour prévenir les troupes de s’arrêter. Un homme galopa jusqu’à elle et se mit à sa hauteur. Il portait un écusson doré sur son plastron, symbole de son appartenance au Royaume. Son cheval d’un noir de jais montrait son haut rang dans la hiérarchie.

  •     Commandante, que faisons-nous ? Dit le soldat au grade de capitaine.

Adélis réfléchit, elle passa sa main sur le large fourreau de son arme.

  •     Amenez le bélier, nous allons détruire la porte. Ensuite, Nestos et moi irons trouver l’Empereur et sa femme. C’est à eux que nous devons nous adresser, dit-elle en regardant son frère.

Le jumeau hocha la tête en guise d’accord. Ils allaient suivre la stratégie habituelle.

La porte géante de la cité était déjà partiellement enfoncée, Adélis l’avait remarqué et elle savait qu’ils devaient en profiter. Quelques minutes plus tard, l’immense bélier de destruction fut prêt. Une dizaine de soldat le portait à bout de bras. Un revêtement métallique renforçait la tête de celui-ci et les boucliers incrustés dans le bois permettait une défense quasiment infranchissable pour les flèches. Les archers de l’armée du Royaume se mirent en formation dites de la “ Victoire “. Une forme de V se traça rapidement dans la vallée devant les jumeaux. Les archers pouvaient toucher une large zone et pourrait viser n’importe quelle cible essayant de s’échapper. Malgré cette atmosphère de combat sanglant de plus en plus imminente, les jumeaux ne se préparaient pas au massacre. Il n’était pas question de vaincre en décimant l’Empire. L’assaut devait, avant tout, servir de moyen de dissuasion et de mise au point sévère. Dans lequel cas le roi n’accepterait pas la paix, alors oui, le sang sera versé.

Nestos leva son appendice de métal. Son regard avait une lueur étrange. Il n’était pas comme avant chaque affrontement. Il avait l’air pensif et distant. Il parlait peu, et ne contredisait pas sa sœur quant à la suite des évènements. Adélis, le jauge du coin de l’œil. Voir son frère ailleurs, l’a fit changer sa stratégie. Habituellement, Nestos partait sur le flanc droit et elle sur le flanc gauche pour créer une double attaque qui, dans la plupart des cas, divisait drastiquement les chances de parades de l’adversaire. Cette fois, elle préférait qu’ils rentrent tous les deux par l’entrée principal et seulement après cela, ils se séparaient pour chercher l’Empereur et sa femme. Nestos la suivrait dans tous les cas, elle avait bien mieux appris les règles de l’art de la guerre que lui. Adélis ne le tint pas au courant du changement de plan, jugeant que ce ne serait pas nécessaire.

Nestos baissa le bras, et le bélier se mit en marche. La machine pesait son poids, mais elle avançait à bonne allure. Les bottes en cuir des soldats s’enfonçaient dans la terre meuble du sol. L’un manqua de glisser, le reste des hommes ralentit la cadence. Rien ne servait de se dépêcher dans la pente. Elle était abrupte mais par chance se terminait par un plat. C’est seulement à cet endroit-là que les soldats prendront un maximum de vitesse pour enfoncer la porte d’un seul coup de tête.

Une pluie de flèche s’abattait sur les boucliers de la machine. Certaines ricochèrent, d’autres transpercèrent les couches de bois des boucliers. Le bélier traçait sa route, plus il avançait, plus il prenait en vitesse. Un soldat tomba au sol. L’armature de sa défense avait été abimée par l’assaut répété des archers adverses. La pointe de la flèche avait traversé une fissure du bois et avait terminé sa course dans le cou du malheureux. Il s'effondra. Le bélier fut déséquilibré et s’arrêta net à une vingtaine de mètre de la porte. S’il s’était arrêté plus loin, il n’aurait jamais eu assez de vitesse pour fracasser l’entrée en une fois. Les jumeaux regardaient la scène, impuissant. Si la situation ne changeait pas très vite, l’armée du Royaume devrait tenter une attaque frontale. Adélis ne voulait surtout pas en arriver là, le nombre de mort serait conséquent dans les deux camps. Pourtant, la bataille s’éternisant, elle y songeait. Nestos, lui, ne tenait pas en place. Il guidait son cheval de droite à gauche essayant aussi de trouver une solution. Son regard croisa celui de l’un des soldats. Le combattant comprit, il devait tenter sa chance. Les pertes seraient bien plus élevées s'il ne tentait rien.

Le courageux soldat quitta son poste à l’arrière de la machine. Il traversa la grêle de flèche en mettant ses mains au-dessus de sa tête comme si elles pouvaient suffire à le protéger. Par chance, il arriva à se placer à la place du blessé. Il enjamba le corps immobile de son camarade. L’invalide paraissait mort, mais personne n’avait le temps ni la possibilité de le vérifier. Après un bref regard compatissant, le soldat hurla en soulevant difficilement la machine et le bélier reprit sa route. Certes, il allait moins vite, mais la détermination des soldats palliait la perte de leur condisciple.

Le bélier avançant, le “ V “ fit de même. Les ailes de la formation s’agrandissaient à chaque pas et commençaient à former un demi-cercle autour des remparts de la cité.

  •     Nestos, allons-y, dit sa sœur en serrant fermement les rênes de son cheval.

Il hocha la tête tout en sortant un long poignard de sa ceinture. Un magnifique poignard au manche argenté et à la lame d’un noir brillant. À l’instar de leurs personnalités respectives, leurs armes étaient à leur image. Le garçon, bien qu’ayant l’air d’être une brute, était taiseux et réfléchit. Son visage avait cette dureté qui faisait en sorte qu’on prêtait attention à ses paroles. Pourtant, il ne commandait pas souvent. Il redoutait de sentir cette sensation que ses choix pouvaient conduire à la mort de ses soldats.

Tandis que la fille, sous ses attraits féminins, était irascible et impulsive. Elle n’aimait pas qu’on remette son autorité ou même son avis en doute. Elle détestait n’être considérée simplement comme une “femme “. Elle voulait prouver sa valeur, et l’avait déjà prouvé mainte fois par le passé. Adélis s’était musclée durant de longue année pour manier une lourde épée. Une puissante lame héritée du père de son père qu’elle pouvait tenir, sans faillir, à une main au lieu des deux conseillées.

Un bruit fracassant fit peur aux canassons, les jumeaux les calmèrent rapidement avec une caresse sur le flan. Le bois centenaire de la porte venait de céder sous les coups répétés des cornes d’acier du bélier. D’un geste ample, Adélis dégaina la puissante arme de son fourreau. Elle leva son épée au-dessus de sa tête, la lame pointée vers l’ennemi :

  •     Mes frères et mes sœurs de Roguemandiar...En avant ! Dit-elle en abaissant hâtivement le bras.

La hargne des soldats résonna dans la vallée, et la grande armée du Royaume dévala la petite pente. Les archers en demi-lune continuaient leurs offensives en faisant en sorte de soutenir le bélier qui se trouvait maintenant dans le camp adverse. Les chevaux des jumeaux galopaient à toute allure en direction de la première ligne. Les cheveux aux vents, ils avançaient sans peur. Avant de trouver les chefs ennemis, ils devaient impérativement vaincre les quelques rangées de soldats juste derrière la porte. Voyant le duo arriver à vive allure, les chevaliers de l’Empire mirent leurs boucliers en un tas concentrique pour les bloquer au maximum. La pluie de flèche continuait de les arroser. Avec de rapide coup de rênes, les jumeaux parvenaient à toutes les éviter. Ils n’étaient plus qu’à quelques mètres de la porte. L’agitation des soldats évoluaient plus ils approchaient. D’abord, une légère agitation frémissait entre les soldats. Très vite, elle s’était transformée en prière avec des regards vers le ciel. L’Empire le savait : les jumeaux feraient un massacre s’il ne coopérait pas, mais il était trop tard.

Sous le bélier, les malheureux soldats tentaient de se retirer en reculant doucement.  Les jumeaux accaparaient l’attaque comme la défense de l’Empire.

  • On se retrouve au centre de la forteresse Adélis, dit le garçon en direction de sa sœur tandis qu’il tira son cheval brusquement à gauche.

Elle acquiesça en souriant. Ils s’en sortiront, elle en est persuadée. Rien ne peut les séparer et surtout pas la guerre.

Le sourire aux yeux, la rage aux lèvres, Adélis releva ses jambes pour se mettre pieds joints sur la selle de son cheval. Elle serra fermement le pommeau de son épée et la mit sur son épaule. D’une main, elle tenait les rênes et de l’autre son arme prête à dévaster l’ennemi. D’un bond, elle sauta de sa monture en direction du bélier. La machine s’abaissa sous le poids du choc, mais elle continua à courir le long de l’armature en bois. Adélis prit appui avec son pied sur la corne en métal et sauta le plus haut possible. Dans les airs, elle parcourut sans peine la distance qui la séparait de l’ennemi. La guerrière atterrit derrière la mince muraille de bouclier. Le temps de se retourner et... Trop tard, dans un large arc de cercle, l’épée trancha bois, armure et os des soldats ennemi. Pour se protéger, les chevaliers restant voulurent mettre leurs boucliers face au monstre.

Distrait par les effusions de sang, ils ne virent pas le jumeau s’infiltrer. Tel un assassin, il s’était faufilé sans bruit pendant l’agitation de sa sœur. Dans une reptation silencieuse, son poignard pourfendait les points faibles des armures adverses. Se vidant de leur sang, ils s’écroulaient un à un. Un soldat dressa un bouclier devant lui pour arrêter sa course. Nestos le pulvérisa avec sa main de métal. Les yeux remplis d’effroi de l’ennemi transpercèrent le garçon. Dans l’élan et sans réellement en prendre conscience, la lame noire se tâcha de rouge ainsi que le sol boueux. Sans émotion, il toisa sa sœur d’un regard. Elle ne prêtait pas attention à lui, trop occupée à détruire les vagues d’ennemi qui arrivaient en surnombre.

Autour d’eux, les flèches finirent par cesser. Une sorte de calme s’installa sur le champ de bataille. Mais très vite, les corps des archers remplacèrent les flèches. Criblé de trou béant, ils tombaient du haut des remparts pour venir s’écraser contre terre. Ils s’amoncelaient de part et d’autre le long de la fortification dans de petit tas informe.

Rapidement, l’armée du Royaume parvint à s’infiltrer entre les murs. Les soldats de l’Empire se mirent à reculer. Un brouhaha de désordre s’immisçait entre les râles d’agonies et les ordres ennemis. L’armée adverse se concentrait sur la défense de la porte. Les attaquer de front n’avancerait à rien, il fallait les contourner.

  •     Les Capitaines, ordonna Adélis en parant un estoc. Créer une brèche dans leur formation !

Quatre soldats avec l’écusson doré foncèrent vers le front. Deux d’entre eux sautèrent de leur cheval noir pour épauler la guerrière. Après une tape d’encouragement sur la cuirasse, Adélis s’éloigna en longeant les remparts. Les ennemis accablés par le nombre et la férocité du combat ne virent rien. De son côté, Nestos abattait silencieusement chaque personne qui se mettait en travers de son chemin. Personne ne devait jamais l’aider ou même créer de diversion. Il était d’un naturel silencieux et préférait toujours se débrouiller seul. À pas feutré, il se glissait dans le dos de l’ennemi pour l’égorger. Dans sa course, il tomba nez à nez avec un paysan apeuré. L’homme fit tomber les quelques pains qu’il tenait fermement. Il tremblait comme une feuille. Ses yeux ne regardaient pas clairement le chevalier. Il fixait la main droite de Nestos ensanglantée jusqu’au coude.

  •     Si tu me dis où sont l’Empereur et sa femme, je te laisse la vie sauve, dit-il en levant les mains en signe de paix.

L’habitant de l’Empire ne tarda pas à montrer du doigt le bâtiment central. Sa main ainsi que tout son corps étaient pétrifiées par la peur de mourir. Puis, son bras monta jusqu’à montrer le haut de la bâtisse. Nestos ne pouvait pas savoir si on lui mentait ou non. Il se dit que le paysan n’oserait pas lui se jouer de lui. Il le voyait bien dans son regard, ce sentiment d’être à la merci du bon vouloir d’un autre. Le chevalier hocha la tête et s’en alla en direction de la tanière du chef. En passant à côté de l’homme, il remarqua un soulagement intense de sa part.

Mais Nestos n’était plus l’homme qu’il était avant.

D’un geste violent, sa prothèse de métal s’écrasa contre le crâne du pauvre paysan. Le craquement glauque fit comprendre au guerrier qu’il n’aurait pas besoin d’un deuxième coup. Il tomba tel un pantin à qui on venait de couper les cordes. Sa dépouille sans vie s’ajouta aux quelques petits pains salit par la boue. Nestos n’avait ressenti aucune émotion, mais surtout, il n’y avait pris aucun plaisir. Sans se trouver d’excuse, il se disait qu’il le fallait. D’autres choix, il en avait, mais il ne prendrait plus aucun risque, plus jamais.

Les troupes ennemies furent vite occupé par l’intrusion du Royaume entre leurs murs.  Adélis et Nestos se rejoignirent aux quelques escaliers qui mènent à la porte du bâtiment central.

  •     C’est étrange qu’il n’y ait personne pour protéger la planque de leur dirigeant, tu ne trouves pas ? Demande-t-elle à son frère en essuyant sa lame grossièrement. 
  •     Qu’elle soit protégée ou non, toi comme moi nous serions arrivés à rentrer. Il n’y aura pas plus de mort à déplorer, s’exprime-t-il en regardant le chaos sanglant que provoquait leurs soldats.  

Ils poussèrent à deux la porte, elle donnait sur un grand hall chaleureux. Un tapis rouge tapissait le sol donnant à la pièce une impression de chaleur. Une multitude de porte parsemaient le hall. Adélis se hâta pour en ouvrir une, mais son frère l’informe sur le fait qu’ils doivent se trouver en haut. Après une hésitation, elle se ravisa et le suivit. Ils avançaient d’un pas prudent. Sur leur chemin, de longue colonne montaient jusqu’au toit semblant soutenir le plafond. Devant eux, un grand escalier de marbre blanc menait à l’étage. Le garçon pressa le pas par peur de se faire repérer, sa sœur fit de même.

Arrivé à la fin des marches, deux couloirs séparaient le hall de l’étage en deux. Sans rien dire, Nestos choisit celui de gauche. Il ne se retourna pas pour vérifier que sa jumelle le suivait. Le mouvement serait vain, elle marchait déjà prudemment sur le chemin de droite. Elle non plus n’eut pas besoin de se retourner pour comprendre la situation.

Adélis tendait l’oreille malgré les tintements métalliques de son armure qui résonnait à chaque foulée. Elle essayait tant bien que mal de dissimuler sa présence, mais elle n’avait jamais été fort douée pour ça. Par le passé, les parties de cache-cache se terminait toujours très vite quand son tour d’aller se cacher sonnait. En se souvenant de ce souvenir si simple, elle pouffa d’un léger rire. Par réflexe, elle mit rapidement sa main sur sa bouche pour éviter de faire davantage de bruit. Elle venait de parcourir la moitié du couloir quand elle en eut marre, la discrétion n’était pas son fort alors pourquoi se forcer. Elle posa bruyamment son immense épée sur son épaulière droite. Un sourire de détermination empli son visage. La guerrière qui se courbait par discrétion se redressait à chaque pas en bombant le torse. Non pas par excès de confiance, mais en connaissance de cause. Personne ne pouvait lui arriver à la cheville, elle ne laisserait jamais personne s’approcher aussi près pensait-elle en souriant fièrement.

L’éclatement d’un objet en verre l’a sorti de ses songes. Le bruit n’était pas loin, elle accéléra sa marche vers une porte étonnamment plus belle et mieux entretenue que les autres. La lumière du vitrail au fond du couloir éclairait la petite poignée dorée de la porte. Elle l’a saisi. Même à travers ses gants en cuir, elle pouvait sentir le froid qui se dégageait de la poignée. Un courant d’air léger sifflait de part et d’autre de l’entrée. Adélis tendit l’oreille et écouta attentivement. Elle crut reconnaitre un souffle mince, une sorte de respiration étouffée. Brusquement, elle poussa la porte et pénétra dans la pièce.

En rentrant, ses cheveux blonds tournoyèrent avec le vent. Devant elle, les grands vitraux servant de fenêtre étaient ouverts. Un homme était assis sur le rebord et regardait la guerrière, ahuri. Sa jambe gauche pendait dans le vide et l’autre tentait de la rejoindre péniblement. À ses pieds, un somptueuse carafe d’eau réduite en mille morceaux. Il portait une tunique sombre qui lui arrivait jusqu’aux genoux. Il n’était ni maigre ni gros, mais ses joues lui donnaient un air bouffi. Adélis ne mit pas beaucoup de temps pour comprendre de qui il s’agissait. Elle redressa son épée et la pointa dans sa direction.

  •     Très cher Empereur, nous devrions discuter, dit-elle sèchement.

L’Empereur souffla désespéré. Puis, rentra sa jambe à l’intérieur. Ses yeux étaient vides, il paraissait fatigué et à bout de force.

  •     Finissons-en tout de suite je vous prie, dit-il en se levant. 

Ses bottes écrasèrent le magnifique verre brisé. Sur le rebord, il paraissait plus grand. En réalité, c’était un petit homme d’environ 1m60 faible de consistance. Adélis fronça les sourcils sans le vouloir et descendit son épée.

  • J’aimerais que l’on discute. Je ne vous tuerais pas, sauf si vous m’y obligez, lui répond-elle.

Un rictus s’immisça sur le visage de l’homme.

  •     Vous m’avez déjà tué... Regardez, dit-il en montrant le dehors par la fenêtre ouverte. Votre armée a massacré mes soldats et mes habitants. Un Empereur sans peuple...Voilà ce que je suis.

Il se rassit sur le rebord, comme si toute énergie venait de le quitter.

  • Pourquoi n’avez-vous pas accepté les conditions de mon père quand nous sommes venus la première fois ? Nous aurions pu évitez tout ce carnage... dit-elle avec regret

L’homme baissa les yeux.

  •     Léguer la moitié de nos récoltes, de nos armes, de notre artisanat...Je devais penser à mon peuple en priorité. C’est ça le rôle d’un chef. Mes choix ont mené mon peuple à la ruine et maintenant, plus rien ne peut empêcher sa déchéance. Murmure l’Empereur en se levant sur le bord de pierre derrière lui.

Adélis s’avança. Elle ressentit une certaine tristesse de voir un chef dans un tel état de détresse.

  •     Il n’est pas trop tard. Je pourrais parler à mon père et arrêter l’assaut aussitôt si vous acceptez le traité ! Articula-t-elle avec espoir

Au lieu que le visage du dirigeant ne s'illumine comme elle le pensait, il se noircit

  • Un empereur sans empire ne mérite pas de diriger. Finit-il par dire après un long silence.

La guerrière le regarda incrédule, elle ne comprenait pas ce qu’il essayait de lui dire.

Debout sur les pierres blanches de la fenêtre, l’empereur se laissa tomber. Adélis s’élança la main tendue en lâchant son arme. L’épée s’écrasa au sol faisant trembler les lattes en bois du parquet. Il était déjà trop tard. Le corps de l’homme n’était plus à cet étage. La main dans le vide, elle ne réagit pas tout de suite. La surprise était trop grande. Elle se rapprocha des vitraux et se pencha. La dépouille de l’empereur était étendue au sol. Ses os prenaient une forme disparate sur le sol de pierre. Un filin de sang coulait de son crâne et de sa bouche, ruisselant le long de sa tunique.

Cette vision macabre marqua Adélis. La mort d’un être vivant ne lui a jamais paru agréable, et penser qu’elle en était partiellement responsable l’a fit réfléchir.

La paix dans le Royaume ne sera jamais plus au détriment d’un autre. Quoi que son père en dise.

A suivre...

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