20 mars 2022, présent.
Dans une forêt, au Nord de la Russie.
Alex ? Tu m’entends ? La communication n’est pas évidente avec toute cette neige.
Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler Alex en mission, ici c’est Achéron, répondis-je en râlant
D’accord Monsieur Achéron. L’homme qu’on recherche est dans un bar un peu plus loin, tu es avec les autres ?
Shocker et Crow sont avec moi oui.
Je vous laisse gérer ça et pas trop de casse. On le veut vivant, et surtout pas de dérapage comme à Yellowstone hein.
Ne t’en fais pas Éric. Je coupe la communication, dis-je en appuyant sur le bouton off du talkie-walkie.
Nous voilà tous les trois avec de la neige jusqu’au genoux à grelotter comme des glaçons. Le bar où est notre homme est à 200m, un peu au-dessus de nous. Les sapins bougent dans tous les sens à cause du vent froid qui souffle dans leurs branches. Malgré nos tenues isothermes, il ne faut pas s’attarder.
Shocker va repèrer les environs. Crow avec moi, dis-je en les regardant.
Ils acquiescent d’un hochement de tête.
On avance sans un mot, la discrétion est notre meilleure option.
Pour rentrer, je pousse vigoureusement la porte, la discrétion c’est bien mais pas besoin d’en faire trop. Nous entrons dans l’indifférence générale. Je suis surpris de voir que personne ne bouge un sourcil. À l'intérieur, des hommes avec des vestes en peaux rigolent fort avec une chope à la main. Tout le monde à l’air de bien s’amuser. J'envoie Crow chercher deux bières. Je ne parle pas un mot de Russe, Crow en revanche à les bases de la langue. Elle est un peu là pour ça, cette mission ne requiert pas son pouvoir en particulier. Tandis que Shocker reste en retrait simplement par pur précaution. Son pouvoir, à lui, risquerait de nous faire repérer plus que de raison. Ma compagne revient les mains chargées de deux grandes chopes à la mousse dorée. On s’assied à une table dans le fond, histoire d’avoir une vue d’ensemble sur le bar. La bière est glacée, ça en est presque désagréable. Crow pousse un soupir de dégoût et dépose le verre maladroitement sur le large morceau de bois qui nous sert de table.
Les gens autour de nous commencent à nous regarder bizarrement, ils ne doivent pas souvent voir des étrangers aussi haut dans la montagne pensais-je. Je me lève, il est plus que temps de conclure cette mission et puis l’autre doit se geler les grelots dehors.
Bon, qui est Slava ? M’exclamais-je à haute voix.
Les rires s'arrêtent laissant place aux regards méfiants. Crow me souffle à l’oreille.
T’en fais encore trop…
Pas besoin d’entendre les bruits d’ongle raclant le bois ni les mâchoires qui se serrent pour deviner que la tension a monté d’un cran. Un homme se redresse, s'appuyant fermement contre le bar. Le frottement de sa chaise contre le vieux parquet brise le silence pesant de l’instant. En se retournant, de nombreux petits verres à shots tombent au sol. Certains rebondissent quelques fois pour aller se loger sous les tables voisines. D’autres éclatent dans un tintement cristallin répandant de très fins débris entre les rainures du sol.
Allons… Il a l’air essoufflé alors qu’il n’a prononcé qu’un mot… dehors, nous n’allons pas embêter ses braves hommes qui profitent de leurs bières, n’est-ce pas ? dit-il en soulevant une des bières encore débordantes du comptoir.
Un murmure approbateur parcourt le bar, sans pour autant arrêter la méfiance de leurs regards.
Il sort de son gros manteaux de peaux quelques pièces qu’il pose très délicatement devant lui, fait un signe de tête au patron, qu’il lui rend, et passe devant nous l’air de rien. Nous le suivons.
Il pousse la porte et le vent vient se heurter à la chaleur du bar. Crow me suit de près en jetant de rapides coups d'œil vers l’arrière.
L’homme marche d’un pas lent. Parfois, il titube de droite à gauche, mais jamais au point de risquer la chute. La chope dans sa main tache peu à peu la neige à force d’osciller.
Dos à moi, il s’arrête. Tout en craquant mes doigts, je lui lance :
Slava je suppose ?
On ne peut rien te cacher. Qu’est-ce que tu me veux ? Répond-il.
On est au courant, t’as plus besoin de te cacher maintenant, lui dis-je sur la défensive
Il se retourne en enlevant doucement son grand manteau en peaux d’ours qu’il laisse tomber sur la poudreuse. Il affone le reste de sa bière et jette la vidange sans ménagement contre un arbre. Les fragments de verre éparpillés seront bientôt invisibles avec la neige battante. Sa barbe, d’un gris granite, durcit ses traits. Ses cheveux blond platine attachés, avec une queue faite à l’arrache, volent au gré du vent, mais il a aussi un regard sérieux à vous figer sur place. Tel est Slava, surnommé “ Le Viking “. Pourtant, il paraît fatigué. Son regard si sérieux, qui dans une autre mesure aurait pu me faire ressentir de la peur, me suscite plutôt de la tristesse.
Malgré que ce soit notre ennemi, je ne peux pas m'empêcher de me demander le pourquoi du comment. J’aime comprendre. Peut-être était-il comme moi ? Le cours de sa vie l’ayant forcé à prendre le mauvais chemin, je ne sais pas. Je ne me laisse pas pour autant attendrir.
Pourquoi avoir tué des innocents ? Ton pouvoir aurait pu te servir à tellement de choses. Avant que l’on s’affronte, j’aimerais savoir pourquoi, dis-je en quête de réponse.
Sa tristesse apparente n’altère en rien sa carrure. Il se tient stoïque, défiant le vent violent et la tempête d’alcool qui l’habite.
J’ai fait des erreurs…j’ai laissé le plaisir d'être fort prendre le dessus. J’ai commencé à tuer des ours mais ça n’a vite pas suffi, rien ne me résistait. Je regrette cette famille, me suppliant d'arrêter mon massacre… Son regard est vide ou rempli d'images que je ne peux voir. Leurs voix et leurs regards sont gravés dans ma mémoire. Je revois ces scènes en boucles et en boucles chaque jour, chaque nuit, chaque seconde où je ferme les yeux. Ils ne reviendront pas… tout ce que je peux faire c’est de ne plus jamais succomber à l’appel du pouvoir.
La mission pour laquelle on m’a envoyé était d'appréhender un homme qui avait tué une centaine de personnes. Là, il m’avoue un seul crime. Pourquoi ne pas avouez le reste ?
Le village où tu n’as laissé aucune chance à ses occupants, tu as du mal à t’en souvenir peut-être ? Lui rétorquais-je agressivement.
Je n’en suis pas responsable, vous devez me confondre avec un autre, dit-il tandis qu’une rafale de vent nous traverse.
Des corps mutilés et déchirés par des coups violents, ça ne peut être que lui. La discussion commence à m'agacer et je perds patience.
Et puis merde, tu me gaves. Tu vas venir avec nous que cela te plaise ou non !
Des mois que je ne les ai pas sorties… Ce combat sera mon ultime chant du cygne, dit-il détachant ses cheveux.
La colère monte, la neige autour de moi se met à fondre à cause de la chaleur. Je n’ai pas besoin d’utiliser une forte colère pour l’instant. Avec le temps j’arrive de mieux en mieux à la maîtriser. Les griffes remplacent mes ongles, mes pupilles rougeoient. Je suis prêt à en découdre. Crow reste sur ses gardes, et attend mon signal.
Slava ferme les yeux de longue secondes, il se concentre. Une faille dans l’espace déchire la réalité. Un trou menant à une autre dimension s’ouvre. Deux haches sortent du trou, il les saisit de ses mains. Son mouvement rapide de préhension déclenche un courant d’air léger. Deux grandes haches à barbes. Le manche est en bois noir, et la lame d’acier est ornée de motif runique. A l’instant où les armes arrivèrent dans ses mains, la température chuta drastiquement. La morsure du gel glace petit à petit le bois du manche et l’acier des lames se recouvre de givre.
Tiens donc…c’est original.
C’est la première fois que j’affronte quelqu’un avec ce type de pouvoir. Vous êtes plutôt rare, dis-je légèrement jaloux
Un pouvoir magique de catégorie 5. Je suis un Manieur d’Arme, répond-il avec un léger sourire
Elle vient donc du Néant… murmurais-je à voix basse. Dis moi Slava, avant qu’on ne commence, que sais-tu du Néant ?
A ce jour, le sujet du Néant reste encore une grande question sans réponse. Personne n’y a jamais mis les pieds, à ma connaissance. Ce sont les seules personnes à avoir un lien direct avec cette dimension. Alors si je peux gratter quelques infos…
Slava continue son explication.
Tous les manieurs d'armes sont connectés à lui, comme si une partie de notre âme lui appartenait. Si je dois résumer ça rapidement, je dirais que c’est une sorte de grand coffre où les armes de tous les Manieurs y sont entreposées. Ils jettent un regard sur ses haches. Elles apparaissent quand je les appelle. Il n’y a que moi qui peut manipuler Thor et Odin, dit-il sur un ton calme qui ne m’effraie plus.
Ah… C’est tout ? Tu viens de me donner la définition d’un Catégorie 5 quoi… Tu n’as rien d’autre en stock ? m’exclamais-je quelque peu déçu.
Sa réponse ne m’apporte pas beaucoup plus d’infos que ce que je savais déjà.
Enfin bref, il est temps.
Bon, assez papoter. Je te laisse une dernière chance, rends-toi sans faire d’histoires et tout ira bien, dis-je le plus clément possible.
Je dois assumer mes actes…dit-il avec regret…Mais je ne me rendrai pas pour autant.
Je m’en doutais, mais j’ai eu envie de lui donner une seconde chance. Je sais mieux que personne que ça peut arriver de péter une case.
À peine fini ma phrase, qu’une hache me frôle le visage. Elle se plante dans l’immense pin derrière moi. Sans mes réflexes, la hache se serait logée en plein milieu de mon front.
Crow tient toi prête à mon signal. Hurlais-je dans sa direction.
D’accord ! Répondit-elle sur ses gardes.
Je déteste lui demander d’invoquer son Astral, ça lui rappelle de mauvais souvenirs mais parfois on n’a pas le choix.
Le viking court vers moi, serrant à deux mains son autre hache pour m’asséner un coup violent. De peu, je m’abaisse. Je reprends rapidement mon souffle tout en me rendant compte qu’il m’aurait probablement décapité avec un coup pareil. Sa lame, n’ayant pas atteint mon visage, est maintenant au niveau de mon bassin. D’un coup droit, il cherche à me trancher à deux. Je recule d’un bond, mais je me sens comme propulsé par un vent glacial. Je tombe en arrière et j’arrive à me stabiliser assez vite malgré la neige glissante. Des gouttes noires perlent de ma joue. Bordel, il n’a pas besoin de lame pour me couper, c’est le vent qui m’a lacéré.
Sa hache magique crée une sorte de vent glacial. Malgré mes déplacements rapides, il arrive à me contrer systématiquement. Il ne me touche pas, mais moi non plus. Et ce froid… je sens qu’il commence à m’affaiblir. Le froid est un de mes seuls points faibles. Je n’arrive pas à la maintenir au niveau où je devrais. Ça ne doit pas être un combat d’usure sinon je risque d’y passer
. Plus il utilise le pouvoir des haches, moins il arrive à les contrôler, j’ai déjà vu ça. Les armes des Manieurs consomment du magia et quand la demande de magia devient trop grande par rapport à la réserve du Manieur, l’arme prend le dessus et “se nourrit “ de son propre hôte.
Je m’attendais à autre chose… Je crois me battre avec un petit lapin… En fin de compte, tu sautes beaucoup mais tu ne mords pas, dit-il en retirant d’un coup sec sa hache dans l’écorce du pin.
Crâneur…La bataille fait rage, j’évite comme je peux ses assauts au corps à corps. Il m’accule de plus en plus vers la forêt. Il respire vite, je peux entendre son cœur battre à une cadence accélérée. Je crois que lui aussi, il atteint ses limites. Pourtant, il ne montre rien. Ses déplacements restent fluides et ses attaques meurtrières.
Dans un hurlement de rage, il frappe de toutes ses forces avec sa hache gauche. Il rate, et la plante dans un autre arbre. Il essaye de la retirer, sans succès. Il est à bout de force et ses bras doivent souffrir le martyre. La glace des haches monte sur ses mains et ses bras provoquant des engelures bien visibles. La douleur doit être atroce. Ses armes sont en train de se retourner contre lui.
Trop affaibli par son arme, il l’a délaisse. Il regroupe ses mains sur l’autre manche. Il va refaire le même mouvement que tantôt, c’est certain. Bingo ! J’esquive son coup descendant en me jetant sur le côté. La lame frappe brutalement le sol, la violence de l'impact me projette de force contre un arbre. J’ai évité la mort, mais pas des os brisés… Je sens mes côtes se remettre peu à peu. L’usure de la glace commence à avoir raison de moi.
Il faut en finir le plus vite possible.
Slava se tourne vers moi, lève sa hache et réitère son attaque en hurlant de toutes ses forces. J’essaie de sauter, mais ma jambe glisse. Je suis déséquilibré, et la hache se rapproche. Je sens la mort froide venir m’embrasser de son étreinte mortuaire.
Au dernier moment, je mets mes mains en croix au-dessus de moi pour me protéger. Le manche me brise le bras gauche dans un craquement sinistre. Par chance, le droit tient le choc. La lame est à deux centimètres de mon front. “J’ai eu chaud “pensais-je.
Je me relève brusquement. Il est surpris. J’en profite pour lui arracher la hache de sa main. Son arme me gèle instantanément le bras. La glace dévore chaque cellule de mon bras. Je n’en peux plus…
Crow est ma dernière option…
Crow à toi et ne le rate pas ! Criais-je à bout de force, le bras ballant dans le vide
D’accord Achéron… dit-elle avec une pointe de déception.
Elle se concentre comme Slava plus tôt et elle court vers lui. Un oiseau d’énergie spectrale se matérialise dans son dos. Un énorme corbeau à deux bras avec des griffes géantes, des ailes en plume d’acier en guise de robe, et des yeux d’un bleu triste.
Corvus, vas-y ! lui ordonne Crow.
Le corbeau coraille si fort que les branches des pins en tremblent. Une de ses ailes envoie voltiger le viking si loin qu’il disparaît dans le blizzard. La hache de ma main et celle plantée dans l’arbre s’évaporent en une poussière de sable mauve.
Slava n’étant plus en état de se battre et à court de magia, ses haches disparaissent. On a gagné.
Crow accourt vers moi.
Tu vas bien ? Montre-moi tes bras, dit-elle en les prenant en main.
T’inquiète, ça va se régénérer comme toujours, soupirais-je à deux doigt de tomber évanouis
T’abuse, t’as vu leurs tronches ? dit-elle aussi inquiète que énervée en pointant mon bras gelé avec ses yeux.
C’est vrai qu’ils ne ressemblent plus à rien, y’en a un qui prend un angle vachement courbé et l’autre est rempli de glace. J'appuie difficilement sur mon oreillette.
Shocker c’est bon, tu peux revenir. On s’en est occupés.
Il arrive en courant, manquant de glisser plusieurs fois.
Ah oui quand même, tu t’es fait malmener en fait, dit-il sur un ton légèrement moqueur.
Tais-toi Thibault… Va me le chercher et fais attention, on ne sait jamais qu’il ait encore de l’énergie.
Je vais aller le chercher, j’ai besoin de marcher un peu Alex, m’explique Crow.
Je hoche la tête compréhensif. Je sais ce qu’il s’est passé avec son Astral il y a longtemps. Il lui arrive après l’avoir utilisé de devoir être un peu seule. Elle s’éloigne pendant que Thibault me prête son épaule pour me relever.
En me relevant, mon attention est attirée par la marque de la hache dans l’arbre. Une marque bien distincte que l’on ne voit pas partout. Dans le bois une grosse entaille, et les marques runiques forment un sorte de sillage, avec de la glace autour. Les photos du massacre n’ont rien avoir avec ce type d’entaille, et si finalement Slava n’était pas notre homme ? Il n’avait aucun intérêt à mentir, et il me semblait vraiment sincère sur ses regrets. Pourtant, il n’a rien mentionné de tel. Peut-être voulait-il amoindrir sa peine ? Je n’ai pas le temps d’y réfléchir plus longtemps car Crow brise ma concentration.
Euh… Alex ? Tu devrais venir voir, dit-elle essoufflée.
Qu’est-ce qu’il y a encore ? Dis-je fatigué que rien ne se passe jamais comme prévu
Tu devrais venir voir…
Le ton qu’elle emploie ne me rassure pas des masses. Sa voix est presque cassée comme si elle ne savait pas où se mettre. Crow nous indique avec son doigt la direction à suivre.
Slava est là, allongé sans vie au pied d’un sapin avec une fine couche de flocon sur lui. Sa tête est comme posée sur l’arbre, bizarre quand on sait avec quelle violence Corvus l’a dégagé. Crow met ses mains sur son visage, elle pleure. Comment l’a rassuré… Notre métier est un métier où l’on risque de tuer quelqu’un, même parfois des innocents… Au fil des années, j’ai appris à mettre plus de distance avec ce genre de sentiment mais là que se soit elle la coupable, ça lui fait beaucoup de peine. Rechercher les criminels et éliminer la menace, voilà notre mission. Mais le meurtre, même de meurtrier n’est pas permis sauf cas d'extrême nécessité. Crow sait mieux que personne que la mort n’est pas la solution. Pendant qu’elle pleure et que Shocker essaie en vain de la rassurer, je me penche sur son corps. Il y a quelque chose dans son cou, une sorte de marque rouge.
Shocker soulève moi sa barbe, j’aimerais vérifier quelque chose.
Il s’exécute en tirant sa lourde tête en arrière.
De grosses marques rouges encerclent son cou, rien avoir avec le coup que lui a mit Corvus.
Je brise le silence de mort par un raclement de gorge. Ils me regardent tous les deux.
Je pense qu’on l’a étranglé, ses marques de strangulation n’étaient pas là quand on se battait sinon je les aurais vues. Je suis presque sûr que ce n'est pas Corvus qui l’a tué. Tu n’y es pour rien Crow, enfin je veux dire Raven.
En mission, on a l’obligation d’utiliser des pseudonymes au cas-où. Thibault avait choisi Shocker, Raven avait pris Crow et moi, Achéron.
Raven essuie ses larmes et renifle quelques fois avant de reprendre son calme. Je parle à voix basse.
La personne qui a fait le coup est sûrement encore dans les environs. Allez vérifier s’il n’y a pas de trace fraîche dans la neige. Je reste ici et j’appelle Éric. Et surtout…Leurs dis-je. N’engagez pas le combat.
Ils hochent la tête et partent dans les directions opposées. J’espère secrètement qu’ils ne vont pas tomber sur quelque chose, ma guérison est rapide mais Slava m’a bien amoché. Si un autre adversaire de sa trempe voir plus fort débarque, je ne suis pas sûr de faire le poids.
Éric, tu me reçois ? Murmurais-je seul accroupi au-dessus du corps froid
Bien sûr ! Alors cette mission, un succès ? Demande-t-il
Je te raconterais quand on sera dans le jet, tu peux venir nous prendre et compte un passager en plus, dis-je en regardant Slava avec un soupçon de peine.
Thibault et Raven reviennent sans piste. La neige a déjà recouvert les seules traces possibles.
Un grondement feutré accompagne la venue du jet. Les réacteurs propulsent l’air froid et la neige jusqu’à voir la terre surgir du sol. Un long escalier sort du jet et se pose délicatement devant nous. Nous montons. Le corps de Slava sur mes épaules et celles de Thibault, nous manquons à deux fois de tomber.
Peu après, nous sommes tous au chaud dans le jet sauf notre viking qui lui, s’est fait méchamment refroidir... On a dû le mettre dans la soute à bagage pour que l’odeur du corps froid reste loin…
Éric met le mode automatique et peut enfin quitter des yeux le moniteur de commande. Nous avons un peu de route avant d’arriver à la base qui se situe à proximité de New-Olympe. Anciennement New-York, détruite à cause de la Guerre de Rupture il y a quelques années.
Je prends Eric à part pendant que les autres se reposent. Je lui explique la situation.
Donc tu penses que Slava n’est pas notre homme et que la personne qu’on recherche l’a éliminée ? Me demande Eric incrédule.
Je ne suis sûr de rien. Je trouve ça juste surprenant que comme par hasard on trouve un suspect idéal et que ce même suspect se fait assassiner. Et comment le coupable aurait pu savoir où l’on se trouvait ? Lui expliquais-je tout en réfléchissant.
Tu ne penses pas à ce que je pense quand même… Un traître, parmi nous ? Dit-il en reculant.
Je m’assieds exténuer sur une banquette molletonnée du jet.
Franchement, j’en doute. Je connais mon équipe, le traître se cache peut-être plus haut dans le système. Il va falloir être sur nos gardes. Je ne crois pas au hasard avec autant de coïncidence.
Le coupable aurait pu se cacher dans les gens de l’auberge aussi, me fait-il remarquer
Je n’avais pas vu les choses sous cet angle, c’est possible.
N’en parle pas aux autres, cette histoire ne doit pas s'ébruiter.
Je me permets de te demander mais… pourquoi ne pas en parler aux autres ? Dit-il en se rapprochant
C’est moi le chef, c’est à moi de régler ça sans les mettre en danger, lui dis-je pour clôturer cette discussion déjà trop suspecte.
Éric, c’est un peu notre majordome façon Alfred, il nous conduit et nous aide sur le terrain depuis le jet. Il ne nous a jamais accompagné durant une mission, son pouvoir n’étant sûrement pas adapté. Quand la crise des pouvoirs a commencé, les gens comme Éric furent très importants. Ils apportent du soutien aux Hérauts dans l’ombre, sans eux nous serions livrés à nous même. Pour être un Héraut, il ne suffit pas de savoir se battre et d’être connu, il y a des principes à défendre. Enfin je parle pour les Hérauts mais nous n’en sommes pas réellement.
Je ne peux empêcher mes yeux de se fermer, la fatigue est trop grande. Les bruits autour de moi commencent à diminuer jusqu'à sembler lointain.
Je rêve de la mission, des lacunes de mon plan, si la personne qui avait attaqué Slava nous avait attaqués est-ce qu’on s’en serait sorti ? J’en doute. Il faut qu’on se tienne près, que l’on s'entraîne davantage. Ils sont jeunes mais pourtant ils savent les risques qu’ils encourent. Je dois les protéger au péril de ma vie.
Je remarque que je me suis endormi quand Thibault me secoue vigoureusement.
On va arriver, Alex, dit-il énergiquement.
Je frotte mes yeux et me lève engourdis. Mes bras sont comme neuf et tout le monde est de bonne humeur. On oublierait presque qu’on se promène avec un cadavre en soute.
Mesdames et Messieurs, nous allons bientôt atterrir à l’Enfer, s’exclame Éric dans le micro de l’appareil.
Le nom fait peur mais il n’en est rien. New-York étant détruit, une nouvelle ville fut érigée. New-Olympe, une ville fortifiée et imprenable qui est surtout située juste à côté d’une base militaire des Etats-Unis, l’Enfer. L’Enfer est l’endroit où nous logeons et vivons quand nous n’avons pas de mission. Nous sommes tous détenteurs de pouvoirs Dangereux ou Instables. Deux choix s’offraient à nous : soit on vivait reclus de tous dans des villes malfamées, soit on coopérait. Certains auraient voulu devenir des Hérauts mais le destin en a décidé autrement. Nous avons tous mis la vie en danger de quelqu’un alors que notre pouvoir était déjà apparu. Nous avons été considérés comme des criminels, alors hors de question de faire de nous des symboles de paix. À la place, le gouvernement nous a proposé un deal. Vivre en tant que citoyens normaux en échange de nos services en tant qu’équipe de l’ombre. Le choix a été vite fait. En gros, nous sommes devenus des espions, mais sans la discrétion qui va avec. Voilà comment est né l’Escadron Zhéraut.
Un homme habillé d’un smoking noir avec de nombreuses médailles nous attend à l’Enfer. Entouré d’une dizaine de soldats armés, il trône les mains dans le dos sur le H de la zone d'atterrissage.
Après avoir atterri, il ordonne directement à ses hommes d’aller chercher le corps dans la soute et de l’examiner. Il s’avance dans ma direction à la sortie du jet en tendant sa main.
Alex, pas trop fatigué ? Vous allez me raconter tout ça dans mon bureau, dit l’homme sur un ton grave mais pourtant amical.
Le commandant Alexander Folsh en personne, c’est lui qui dirige toute la section militaire de l’Enfer. Réputé pour son autorité mais aussi pour sa façon d'être impartial. Il a pour habitude de répéter “ Le jour où le monde sera sûr, je me casse aux Bahamas”. Un homme respectable en somme.
Dis à tes hommes de retourner dans leurs quartiers, ils l’ont bien mérité. Vlad et Sirius s'entraînent, ils devraient avoir bientôt fini. Éric est attendu a l’enceinte 4. Et toi, avec moi, me dit-il en me pointant du doigt.
Le commandant Folsh a la mauvaise habitude de donner des ordres sans ménager ses mots, ce n'est pas quelqu'un de dur mais le travail l’exige. Je hoche la tête et m’exécute sans broncher.
Arrivé dans son bureau, je raconte tout. Le déroulement de la mission, l'affrontement, le corps de Slava retrouvé sans vie et enfin la possibilité d’avoir un traître dans nos rangs. A l’écoute du mot “traître “ son visage se durcit.
Un traître ici ? Tu le penses ? Me rétorque-t-il
Je baisse les yeux et soupire.
On ne peut pas écarter cette possibilité.
Il réfléchit un bon moment laissant la pièce baignée dans un silence lourd. Puis enfin, le brisa.
Un pouvoir de détection à longue portée est envisageable, reste le fait que Slava était la cible. Il devait porter des infos compromettantes sur le vrai coupable de la tuerie. Bref, repose-toi pour le moment avec ton équipe, faites le point et préparez votre sac, dit-il en se levant de sa chaise.
Il rentre sa main dans sa poche. Quelque chose bouge à l’intérieur. Le mouvement de la chose ressemble à une reptation. Une petite tête verte sort doucement de la poche. Un petit serpent se tortille amoureusement entre les doigts du commandant.
On repart déjà ? Dis-je surpris autant par la mission que par le serpent.
Les attaques se sont multipliées en Russie. Je pense que Slava faisait peur à notre tueur. Maintenant qu’il est mort, il s’en donne à cœur joie. J’ai besoin que tu prennes l’équipe entière, que tu ailles sur place et que tu m'arrêtes ce dégénéré. Il ne s’attaque plus qu’au village, il se rapproche dangereusement des villes et vous êtes les seuls disponibles. Vous partez demain soir, rompez.
Un seul jour de repos après tout ça c’est vache mais si on est les seuls disponibles, on n’a pas trop le choix. Les autres Hérauts ne peuvent plus intervenir sur les sols étrangers. Heureusement que nous sommes des Zhérauts…
Sur ma montre l’aiguille indique 15h, déjà. De mon jour de repos il doit me rester moins de 8h (si on compte mes 11h de sommeil). Ça arrive parfois de n’avoir envie de rien faire, t’as pas envie de t'entraîner, ni de dormir, ni vraiment de juste marcher. Tu veux juste que le temps passe.
En marchant entre l’Enfer et le Terrain d'entraînement, je tombe sur un Héraut. Le troisième du top 10 des Hérauts les plus “ forts ” des États-Unis, Black Volt. Je crie après.
Black Volt quoi de neuf ?
Il sourit et me fait un signe de la main.
Alex ça fait longtemps. Et cette mission périlleuse dans le Nord, qu’est-ce que ça a donné ?
Je bégaye un peu, le temps de trouver mes mots.
Ben en fait, on y retourne demain, petit imprévu. Mais sinon, t’es chaud aller se fracasser un peu au Terrain ? Dis-je en espérant changer de sujet
Hum… désolé on m’attend. Tu sais bien, être numéro 3 ça demande énormément de temps. Ricane-t-il.
T’es numéro 3 uniquement parce que les gens ont voté pour toi c’est tout, tu verras au prochain vote.
Là, c’est moi qui ricane.
Quand tu rentres de ta mission vient me chercher et tu verras si je ne mérite pas ma place. Dit-il sûr de lui.
Il s’éloigne en riant et moi de même. Au début, ce type je ne pouvais pas le sentir. Tout m'insupportait chez lui. Son ton condescendant m’énervait et il ne se privait pas de juger mon travail. Au fil du temps c’est passé, j’ai compris que je l’enviais énormément. Son pouvoir est fort, il le contrôle à la perfection, il sauve des gens et surtout malgré son côté désinvolte, il est d’un sérieux exemplaire en mission. Enfin, moi au-moins j’ai les dents droites pensais-je en rigolant, il a une seule dent de travers mais si vous lui faites la remarque il risque de vous tasez.
Finalement je vais aller au Terrain voir où en sont les autres.
Passé le sas, j’entends déjà les cris et les bruits d’explosion. Sur la pelouse, 3 idiots utilisant leurs pouvoirs à tout va et Raven les regarde en retrait. J’hurle, encore.
Thibault, Sirius, Vlad mais vous êtes con où quoi faites gaffe ! Si y’en a un qui se blesse on est dans la merde pour demain !
Vlad s’arrête net.
Y’a quoi demain ? rouspète-t-il
Vlad? C'est un gamin de 16ans, de taille moyenne aux cheveux aussi noir que le noir lui-même. Il s’est retrouvé ici à cause de son pouvoir Instable. Son pouvoir consiste à absorber les sentiments négatifs de son hôte. Ensuite, ses sentiments négatifs prennent la forme d’un nuage noir, d’une ombre détruisant tout ce qui procure ses sentiments. Son pouvoir est arrivé un peu plus tôt que la moyenne, qui est située aux alentours de 15 ans minimum, et quand c’est arrivé, il n’a pas su le contrôler. À 14 ans, avoir une crise d’angoisse en pleine rue et découvrir son pouvoir à ce moment-là, je vous laisse imaginer la suite…
On revient de mission je sais, mais sur les ordres du commandant c’est reparti, on va plus à l’Ouest cette fois. Préparez vos habits chauds, on décolle vers Moscou ! M'écriais-je le plus joyeusement possible.
Ils froncent tous les sourcils.
D’ailleurs, on a réparé le Palais des Armures ? m’interroge Raven assise dans l’herbe.
Oui , après quelques années, il était temps. Les dégâts causés par Damoclès ne devaient pas être si importants que ça. Bref, on s’égare...Demain, 14h, on démarre, soyez prêts les gars.
Ils se mettent en ligne et me font le salut militaire obligatoire mais qui m’énerve au plus haut point, sauf Raven qui les regarde faire comme à son habitude.
Et pour la dernière fois. Arrêtez ça sinon… sinon c’est moi qui vous entraîne.
J’avoue les voir passer d’un grand sourire à un visage exprimant le désarroi me fait bien rire. La dernière fois que je les ai entraînés, j’ai cru que les deux plus jeunes en voulaient vraiment à ma vie.
Le temps de manger, de faire mon sac, et de me laver, quatre heures sont déjà passées. Dans la salle commune de l’Enfer, Sirius et Vlad jouent à la Play sur la télé et Raven lit un livre allongé sur le divan rouge. Aaaah le divan rouge…Un divan moelleux à souhait, la meilleure place de toute la salle pour regarder la télé. Mais pas de Thibault à l’horizon. Je demande à Raven si elle ne l’a pas vu.
Elle me répond sans même quitter des yeux son bouquin.
Je pense qu’il est toujours au Terrain.
Si quelqu’un me cherche, je suis au Terrain alors, dis-je.
Personne ne dit un mot ni une remarque. Je ne peux pas m'empêcher de penser que parfois mon pouvoir c’est l’invisibilité.
Je quitte la pièce dans l’indifférence générale.
Qu’est-ce qu’il fait encore au Terrain, il a sûrement un truc en tête et veut souffler à sa façon, pensais-je. J’entre sur le Terrain prêt à le sermonner de pas en faire trop. Je le vois au loin se tenant penché, à bout de souffle, dégoulinant de sueur, les bras en sang. Il s'arrête pour respirer et recommence de plus belle, un filin noirâtre coule de ses coudes à cause des explosions en chaîne. Je l'observe un peu. Il défonce des blocs à coup de poing explosif, c’est tellement impressionnant. Je ne l’autorise pas souvent à utiliser son pouvoir de peur qu’il ne cède à sa puissance.
Thibault ou Shocker, en mission,est quelqu’un qui tape puis réfléchit. On le prenait pour un simplet presque débile dans son ancienne école. Quand son pouvoir est apparu, il l’utilisa non pas pour se venger mais pour extérioriser sa colère d'être considéré comme un raté. En réalité, c’est loin d’être une brute sans réflexion, il a même le souci inverse, il réfléchit trop. Il se retrouve souvent submergé de pensée et l’unique façon de les faire taire est de se dépenser. Il préfère qu’on lui donne des ordres plutôt que d’en donner, de peur de ne pas être à la hauteur. Pour moi, Thibault a l’étoffe d’un chef mais il faudra du temps avant qu’il ne s’en rende compte.
Son pouvoir Évolutif a créé une sorte de cratère dans ses coudes. De ses coudes, sort du phosphore blanc qui réagit en contact de l’air ce qui crée une explosion plus ou moins grandes et projette ses coudes vers l’avant. D’où ses épaules super large et ses plaques osseuses sur les mains. On l’a catégorisé de Dangereux, ne connaissant pas la dose maximum de phosphore qu’il peut créer. Trop dangereux pour sa ville de naissance et des parents ne voulant pas déménager, de fil en aiguille, il s’est retrouvé ici. Je m’avance près de lui.
Tu fais des heures supp ?
Il saute en l’air, je crois qu’il ne s’y attendait pas.
Je n’ai pas le choix, je pensais à trop de choses, me répond-il en fixant le sol.
Ça ne va pas ? Lui demandais-je persuadé qu’il y a bel et bien quelque chose qui le tracasse.
J’ai l’impression de ne servir à rien, voilà. À chaque mission, je reste sur le côté parce que tu ne veux pas que je m’en mêle, tu sais je peux me contrôler… et puis niveau contrôle, tu peux bien parler hein.
En un sens, il n’a pas tort. Je suis le chef et je suis incapable de me contrôler, je suis censé montrer l’exemple. Il s’assied exténué, je fais de même à côté de lui. D’ici, on a la vue plongeante sur le petit lac du Terrain. Il faut que je parle avec mon cœur, pas avec ma tête me dis-je. J’inspire une bouffée de courage.
Écoute, être chef ça implique des responsabilités. J’ai la vie des citoyens entre mes mains mais également la vôtre, et vous avez peut-être tendance à l’oublier mais j ’ai un peu plus d’expérience. Ça ne veut pas dire pour autant que je me fiche de votre avis, vous êtes tous importants et vous apportez tous un plus. Ma priorité est simplement qu'il ne vous arrive rien. Tu es loin d’être inutile, Thibault. En réalité, tu peux te considérer comme notre joker !
Il sourit détendu, comme si le poids qu’il portait devenait plus léger. Il ajoute :
Tu te souviens de la 1ère fois où l’on s’est vu ?
J’ai un petit rictus en coin.
Bien sûr, ça doit faire 2-3 ans maximum, pourquoi ?
Il hoche la tête pour dire non.
Ça fait 4ans, au Centre des pouvoirs, tu venais de découvrir ton pouvoir et tu passais à l'étage au-dessus. Qui aurait cru que des années plus tard, on serait là à discuter comme si de rien était.
Je me couche sur l’herbe refroidie par la nuit, le regard vers le ciel dégagé.
Le hasard ou peut-être le destin. Je n’en sais trop rien, dis-je en soupirant paisiblement.
On reste allongé quelques instants. Seulement quelques instants pourtant, je sens que ça nous fait du bien de faire une pause. Puis, il part prendre sa douche me laissant seul allongé sur l’herbe.
Mes yeux commencent à se fermer, il faut que je bouge sinon je vais m’endormir ici. Je me lève avec peine en poussant de toutes mes forces sur mes bras pour me relever. En sortant, des coups de feu attirent mon attention. Je marche jusqu’au stand de tir qui se trouve à gauche du Terrain. Un grand homme blond, gracile, avec un casque tire sur des cibles. Il n’en manque aucune. Avec un simple pistolet, il descend les chargeurs dans la tête des cartons. Il se tourne dans ma direction et pose son casque sur une table basse. Avec le bruit, je n’ai aucune idée de comment il a pu m’entendre. Il s’approche avec un grand sourire.
Qu’est-ce que tu fais ici si tard Alex ?
Son ton est on ne peut plus calme et posé.
Comment vous connaissez mon nom ? Dis-je surpris en reculant
Il rit, puis soupire en haussant les épaules.
- On ne peut rien cacher au numéro un, enfin.
Après une seconde de réflexion.
Vous êtes Peace ? Dis-je étonné.
Il écarte les bras, et se penche bien en avant. Il me fait une révérence.
En effet, Peace pour vous servir.
C’est vrai que sans son masque, je ne l’ai pas reconnu. Pourtant, son corps si svelte aurait dû m’interpeller. Peu de Héraut sont dénués de muscle…
Vous êtes occupé à tirer là ? Lui demandais-je en regardant le carton troué de toute part.
Cette rencontre me met un peu mal à l’aise, alors oui je sais qu’il tire mais c’est histoire de faire la conversation.
Oui ça m’aide à me concentrer sur mes idées et trier les informations inutiles qui envahissent mon esprit. Ici, je peux me défouler. Son petit sourire m’agace. Tu dois savoir comment j'arrête les criminels, non ? Il faut que je sois précis, dit-il en regardant attentivement son arme
Ça me semble bizarre qu’il me dise ça. Je n’avais jamais entendu que Peace avait tué un nombre impressionnant de criminels. La simple utilisation de son pouvoir lui accorde une victoire certaine. Alors, pourquoi les tuer ?
Oui, vous utilisez votre pouvoir puis ils se retrouvent bloqués et vous les arrêtez. Mais, je me suis toujours demandé, comment ça fonctionne ?
Petit curieux, un magicien ne révèle jamais ses tours. Sur ce, on m’attend, dit-il en regardant la montre à son poignet. Ce fut un plaisir, Alex.
Depuis le début de notre discussion, il palpe ses mains. Mes yeux se dirigent naturellement vers elles. De petites lésions parsèment ses doigts fin, on dirait presque des engelures. Avant que je lui demande ce qu'il lui est arrivé, il s’incline une fois de plus et s’éloigne sans attendre de réponse.
Quel étrange type, je ne sais pas quoi penser de lui, mais moi aussi on m’attend. Mon lit m’attend, j’en rêve.
Quand j'arrive enfin à l’Enfer, il doit être minuit passé. La télé est éteinte, et Raven n’est plus dans le divan donc je suppose qu’elle dort aussi. L’Enfer est plutôt cosy, on a un genre de maison sur 3 étages avec une cuisine commune, un salon commun, 6 chambres dont 5 sont prises, avec salle de bain personnelle, une terrasse et un jardin à l’arrière. Que demander de plus. Dans mon lit, je repense à toute cette journée, et à la dure journée qui nous attend demain. J’espère que ce n'est pas trop tôt pour Vlad et Sirius. Une telle mission demande du cran, ils sont encore jeunes. Je vais les garder à l'œil en permanence. Du moins, je vais essayer.
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