Zhéraut Chapitre 2 : Retour à la réalité.




Je ne traine pas au réfectoire, je n'ai pas plus que ça envie de taper la discussion à un vieux de 40 ans qui ne maîtrise pas son corps. Surtout que dans le réfectoire, Magics comme Evolutifs se côtoient. Entre hybride de bêtes en tout genre et bruit de mastication sauvage, je crois que j’ai eu ma dose de bizarrerie pour la journée. 

Couché sur mon lit, je ne peux m’empêcher de penser au combat de tout à l’heure et à la façon dont je m’étais fait malmener. Rien que de me souvenir de mes os se briser, j’en ai la chair de poule, quelle sensation atroce. Demain, j’aurai mes résultats et je saurai enfin quoi faire. J'espère seulement ne pas être Instable, sinon je ne pourrais plus vivre à la Blankenberge. 

Certaines lois visant à protéger les gens moins forts ont émergé, comme par exemple : refuser l’entrée dans les villes aux personnes Instables, Toxiques ou Dangereuses selon leur Niveau de Dangerosité. Ce n’est pas très inclusif, mais c’est la seule chose que le peuple et l'État ont trouvé pour maintenir un semblant de paix. Blankenberge est une ville dans laquelle tu ne peux rentrer que si ton NdD est Inutile, Utile ou Puissant, sauf dérogation spéciale. Si je suis Instable, je n’aurais d’autres choix que de déménager et laisser ma mère. La connaissant, elle voudra venir et devra quitter son travail, je ne veux surtout pas la mêler à ça. Son cœur est déjà bien assez chargé avec la disparition de papa. 

Le matelas n’est pas le meilleur du monde, mais après la journée que j’ai eue, même une carpette aurait fait l’affaire. Le plafond blanc ne m’aide pas à trouver le sommeil. Je remplis sa blancheur de mes doutes, de mes craintes et de mes envies. Enfin, je ne sais même pas de quoi j’ai envie. Je ne sais pas quoi faire de ma vie en générale et je doute que mon pouvoir change quelque chose à cela. Un pouvoir comme le mien ne sert à rien. Je ne suis pas spéciale comme ces Hérauts qui font le bien et encore moins un modèle à suivre. Je ne suis que moi. 

Au petit matin, je n’ai pas le souvenir d’avoir rêvé, ni même de m’être endormi. C’est le vacarme de la personne qui frappe à ma porte qui me réveille. Sans attendre ma permission pour rentrer, il rentre, encore. Evidemment, c’est Niels. Il ne l’a fait qu’une fois pourtant j’étais sûr que ça allait être lui. 

  • Alors, bien dormi ? Remis de notre petit entraînement d'hier ? Me demande-t-il alors que je suis encore sous les draps.


Lui, il a l’air d’être en super forme. Moi, en revanche, j’ai plutôt la sensation de m’être fait percuter par un bus. 

  • Ouais, ça va, vous avez les résultats ? lui dis-je en m’étirant de tout mon long.


Je saute hors du lit malgré les supplications de mon corps de rester au lit. Je ne veux pas passer pour un faible, il faut bien que je fasse style :  il n’y a aucun souci. Dans sa main, un tas de feuilles qu’il me tend. 


  • Tout est là, je te laisse lire ça à ton aise. Si tu as une question, n’hésite pas à passer à mon bureau. Il marque un temps, puis finit par ajouter :  Le bureau où je t’ai fait la prise de sang, précise-t-il.

Je n’ai pas eu le temps de le remercier que la porte était déjà fermée. 

Sur le papier, on peut lire en grand écrit au feutre noir sur l’étiquette blanche « Alex Arger » avec ma date de naissance écrite en gras « 27 juillet 2002 ». Pas de doute, c'est bien mon registre. Dans le glossaire de feuille, il y a les résultats de la prise de sang, les résultats de l'entraînement et ma carte d’identité dans une petite enveloppe. La dernière feuille me fait le plus peur, c’est le récapitulatif des résultats. Chaque personne qui met un pied ici ressort avec ce papier, il indique si l’on est Magic ou Évolutif, le nom de notre pouvoir, notre catégorie Magic ou Évolutive, mais surtout la seule partie qui m’intéresse, le Niveau de Dangerosité. Il sera noté sur ma carte d’identité, je ne peux pas revenir en arrière maintenant. Après avoir soufflé pour me calmer, je lis le récapitulatif. 

Alex Arger 27 juillet 2002

Catégories : Évolutifs Apex

Pouvoir : Primal Rage

Niveau de dangerosités 3 : Puissant 

« Puissant », quel plaisir, je n’aurais pas besoin de déménager, de tout quitter encore une fois, je n’aurais pas besoin de partir. Ma vie va pouvoir continuer exactement où je l’ai laissée avant d’aller au centre. 

Il est 10 h et après un rapide coup de téléphone à ma mère, elle sera là vers 12 h, le temps de faire le trajet. Je ne veux  pas partir comme un voleur, et passer dans le bureau de Niels me semble une bonne idée. 

Je fais comme lui, je frappe et j’entre sans avoir la permission. En rentrant, je suis assez surpris de revoir cet ours à moitié humain ou humain à moitié ours- à ce stade, on s’y perd- en train de malmener un sac de frappe qui sort de je ne sais où. Je ne suis pas le seul surpris, car il se calme en me voyant.  

  • Alex, que puis-je pour toi ? 


Sa voix mi-humaine mi- ours me donne la chair de poule. Je pense qu’il l’a remarqué et se retransforme en humain en s’excusant, géné. 

  • Je viens juste vous dire « Au revoir », ma mère n’en a pas pour longtemps. Dis-je pressé. 


Il sourit puis redevint sérieux et me dit sur un ton grave : 


  • Il faut que tu saches quelque chose avant de retourner à ta vie d’avant. 


Il s'assied à son bureau et remet ses lunettes en s’essuyant les bras avec un essuie. 

  • J’ai mis ton Niveau de Dangerosité à Puissant uniquement parce que tu as bon fond. Ton pouvoir mériterait largement un Dangereux, voire Instable, j’espère que tu en as conscience. Je te fais une fleur, sois en responsable. 


Ses yeux sont sévères. Malgré son côté comique, je sens qu’il est très sérieux, il est impressionnant. Même sans son pouvoir, il impose le respect. 

  • J’en suis conscient, et j’en ferais bon usage. Répondis-je


  • Il n’y a pas de bon ou mauvais pouvoir, il n’y a que de bonnes ou mauvaises personnes. Tu as la vie devant toi pour décider de quelle catégorie tu veux faire partie. 


On a discuté encore une bonne heure et le message de ma mère disant qu’elle est devant le centre me fait revenir à la réalité. Après une poignée de main et une tape sur l’épaule de Niels, je sors du bureau et prends le peu d’affaires que j’ai emmené dans la chambre. Je sors par les grosses grilles vertes de l’entrée, j’étais rentré hier et pourtant aujourd'hui, je me sens comme une autre personne. À croire que ma rencontre avec cet homme m’a changé. 

Enfin bon, installée dans la voiture, je raconte tout à ma mère. Après lui avoir raconté le passage du terrain d'entraînement, elle veut aussi en découdre avec mon médecin. On avait osé toucher son fils unique et je n’aimerais pas être Niels si elle lui tombe un jour dessus… Après, la vie continue son cours habituel, école, Jenny, copain, soirée. Une vie normale pour un ado de 16 ans.

 Les mois passèrent et à part la destruction de quelques villes importantes, la mise en place des Hérauts et des Croisades se démocratisa. Le monde connut également l'émergence de Vanguard et de Lightmare, des équipes d’Hérauts intercontinentale partant en mission uniquement quand la survie du monde en dépend. 

Mais il fallait bien qu’un jour ou l’autre mon équilibre s’écroule et que j’en sois l’unique responsable. La journée commençait comme toutes les autres, pourtant. 

La journée du 14 avril 2019

Comme tous les jours, je prends le tram pour arriver devant l’école. Je rejoins Mike dans la cour qui me raconte qu’aujourd’hui serait un jour de dingue. Un Héraut doit passer à l’école. On ne sait pas encore de qui il s’agit, mais pour Mike, peu importe tant qu’il peut voir un Héraut en chair et en os. Dans une ville comme la nôtre, ils sont assez rares, car il y a peu de criminalité, surtout quand la NdD limite est " Puissant «. Cette visite ne m’emballe pas plus que ça, mais bon, c’est toujours mieux que de faire cours. Au fil de la journée, je me surprends même à avoir hâte, sûrement à cause de Mike qui en parle sans cesse. À midi, tous les élèves de l’école doivent se retrouver à  la cafétéria pour le discours du directeur. Il monte sur la petite estrade construite pour l'occasion. Il tape quelques fois sur le micro pour vérifier qu’il est branché. Le “Boum Boum “ de ses doigts crispent nos tympans. Il s’excuse maladroitement et commence enfin. 

  • Mes chères élèves, après une année chargée d’émotion pour tous, la commune et notre établissement ont voulu vous faire plaisir. Après maintes et maintes discussions, nous avons la chance de faire venir un Héraut. Certains d’entre vous n’en ont jamais rencontré. Je sais que vous mourrez tous d’envie de voir de qui il s’agit ! 


Quand il finit sa phrase,  les portes du réfectoire s'ouvrirent, laissant entrer un homme de plus de deux mètres, baraqué de la tête au pied. Impossible de ne pas remarquer son pouvoir. Ses quatre bras énormes doivent se plier pour le laisser rentrer malgré la double porte. Le directeur reprend tandis que l’homme monte sur l’estrade devant la horde d’élèves prenant photo sur photo. 

  • Powerfour est parmi nous ! Un vrai Héraut ! Ce n’est pas incroyable ?!? 


Le directeur gueule si fort dans son micro que c’en est désagréable, à croire que c’est pour lui qu’il l’a fait venir. Mike, lui, a l’air de profiter du moment. 

  • N’oubliez pas les enfants : si vous voulez être un Héraut et défendre les innocents, il faut bien travailler ! Les rhétos, ce sera bientôt votre tour de choisir comment vous voudrez vivre votre vie, choisissez bien ! renchérit-il de plus belle. 


Le chahut s’étant calmé, je peux enfin aller prendre un plateau pour aller me servir.  Des lasagnes bien chaudes rien que pour moi, depuis que je les avais vu le matin sur la liste des menus, j'en rêvais. 

Nous retournons à notre table. Mike me fait signe qu’il doit  à tout prix demander un autographe à Powerfour. Je hoche les épaules légèrement indifférent et va m'asseoir. Le Héraut se lève et marche dans sa direction. Bien que je ne sois pas sûr qu’il avance vraiment vers lui, Mike pense le contraire  et presse le pas.

 Je n’avais encore jamais vu quelqu'un arriver à glisser sur un sol sec. Une autre grande question me vient en tête. “ Pourquoi n’a t-il pas déposé son plateau à table avant d’aller le trouver ? “ 

Mike s'étale le visage contre le carrelage. Son plateau, quant à lui, trouve un nouveau propriétaire. Des morceaux de lasagnes encore chauds tombent de la face du Héraut. Ses yeux, remplis d’une colère noire, regardent Mike se relever avec peine. Tout le monde hurle de rire, un mec aussi baraqué humilié de la sorte… Les caméramans et photographes venus pour l’occasion en ont pour leur argent, je vois déjà la une des journaux locaux…Même moi, je suis plié de rire.

 Une petite voix me dit que je suis un connard de me moquer, mais c’est tellement drôle… 

  • Enh merde, je suis désolé, venez, je vais vous montrer les toilettes, dit Mike en l’essuyant maladroitement avec son pull. 


Mike part en courant suivi de Powerfour. Vu la direction qu’ils prennent, ils doivent aller aux toilettes pour se rincer, ai-je réfléchi. Je finis mes lasagnes comme un bienheureux et attends. 

Je remarque que la cloche vient de sonner, il est l’heure d’aller en classe. Je regarde vers les toilettes au fond du couloir. Ils en mettent du temps… Celà fait bien une demi heure qu’ils ne sont pas revenus. Je lui envoie, un puis deux puis trois texto, il ne répond pas. Quand je lui sonne, je tombe directement sur sa messagerie. 

Nous sommes en classe et son siège reste vide. Je prétexte une envie pressante pour m’extirper du cours. Je vais aller trouver moi-même. Il est probablement accablé par les journalistes et le connaissant, il doit être mal à l’aise.

Je marche rapidement jusqu'aux toilettes. 

Il n’y a personne devant les éviers. Je me penche pour regarder dans les cabines si je ne vois pas un pied ou l’autre, mais rien non plus. En revanche, en dessous du dernier évier, son sac. Le sac de Mike est un peu son trésor. Il y a une figurine que je lui ai donné d’un homme avec une tête de tronçonneuse sur la lanière droite et sur la gauche un porte clé avec un coquillage que ses parents et lui avaient ramenés de vacances. Avant que j’arrive en Belgique, ça lui arrivait de se faire voler son sac c’est pour ça qu’il le gardait en permanence sur lui. Le voir ici, sans Mike tout près, m’alerte. 

Les cours ayant recommencé, il fait plutôt calme. C’est plus facile d’entendre n’importe quel bruit en se concentrant un temps soi peu. Je ferme les yeux et respire calmement. Un faible gémissement vient presque frapper. Pas de doute, ça vient du gymnase intérieur. 

Je sors des toilettes. Plus question de marcher. Plus je me rapproche du gymnase, plus le bruit est clair. Ce n'est plus seulement des gémissements faibles, ce sont des cris. 

J’ouvre la porte en tapant dedans. 

Je m’arrête net. 

Mike est  au sol. Une mare de sang tache le parquet du terrain de basket. Le Héraut est debout juste à côté, dos à moi. Une chose me dit que ce n’est pas le sang du Héraut... En me reculant de peur, le parquet grince et le géant se retourne. Il marque un léger moment de surprise. 

  • Je suis sincèrement désolé mais tu peux me comprendre, je déteste être pris pour un con devant les caméras, s’excuse-t-il sans une once de compassion

Sur son visage se grave un sourire malsain. 

  • Lâche le ! Sinon, je te casse la gueule ! Criais-je sans vraie conviction.

Même moi je ne crois pas à mes menaces, mais c’est la seule chose que je trouve à dire. Je ne suis pas le seul à ne pas y croire. Il s’approche de moi délaissant le corps de Mike, inerte,  baignant dans son sang. 

  • Tu vas me casser la gueule, toi ? me dit-il en me pointant du doigt.  Et avec quels muscles  ? Tu n’es rien qu’un petit impoli qui va recevoir une bonne correction ! Ricane-t-il.

Mon cœur bat si vite qu’il pourrait sortir de ma poitrine, malgré ça je ne bouge pas. Ce n'est pas le courage qui me fait me tenir fièrement face à lui, mais la peur. La peur me paralyse, il ne ressemble en rien à Niels. C’est la vraie vie là, c’est du sérieux. 

  • Alex, tu ne peux rien faire…va-t’en… va prévenir quelqu’un…murmure Mike avant de s’évanouir.

Je n’ai pas le temps de courir ou même de réfléchir que Powerfour arrive déjà à ma hauteur. 

  • Tu veux aider ton ami ? Et bien prend ce qu'il n’a pas pu encaisser, dit-il.

Son poing droit m’arrive en plein visage. Sa force me projette contre le mur du gymnase. Si je n’étais pas un Evolutif, j’y serais passé. Je me relève avec difficulté, du sang coule de ma tête et de ma bouche. 

Titubant, à peine debout,  qu’il revient à la charge. Un poing c’est douloureux, mais s’en prendre deux d’un coup c’est le gros lot. Je vole en l’air pour aller m’écraser juste à côté de Mike. D’ici, je peux  voir ses blessures, il est dans un sale état…

Si seulement j’avais été le chercher. Si seulement je l’avais aidé au lieu de me moquer. Si seulement j’avais été un vrai ami…

Les larmes montent et coulent le long de mes joues. J’ai si honte de moi. Je me dégoûte. Je ne suis pas un modèle, mais j’ai des valeurs. Des valeurs que je ne cesse de bafouer. Je suis une merde ! 

Je l’a sens monter en moi, cette colère. Une colère noir ,une colère incontrôlable. Les dents serrées, mes  poings frappent le parquet à m’en ouvrir la chair. 

  • Je suis vraiment un ami de merde. Mike, je te demande pardon. Ce gars je vais lui faire payer ce qu’il t’a fait. Je vais le faire saigner, non... Je vais le tuer !  Criais-je de rage.


  • Oh attention, tu es en colère. Je t'attends les 4 bras ouverts ! Rit-il.

J’entends un murmure s’élever en moi jusqu’à entendre distinctement chaque mot de cette voix. 

  • Pourquoi tu te retiens ? Alex, je suis se dont tu as besoin. Laisse toi dévorer par la rage ! 

Ce dont j’ai besoin… C’est de la force et du courage, voilà de quoi j’ai besoin ! De toute façon, je n’ai plus le choix, alors tant pis. Je laisse mon pouvoir prendre le dessus.

 Je courre vers lui pour lui en mettre une, en un clin d'œil je me retrouve face à lui. Il est aussi surpris que moi. Mon poing lui arrive dans les côtes, il recule de 2 m voire plus. Il mit sa main sur sa côte, et celle-ci  se tache d’un sang rouge foncé. Je regarde ma main, de grandes griffes pointues ont remplacé mes ongles. Il courre fou de rage vers moi. 

  • Je vais te buter misérable merde ! 

Ses coups semblent si lents, je les évite si facilement surtout. Rien ne me touche, entre les esquives mes griffes déchirent sa peau. Un coup de griffe lui lacère le visage, arrachant sa paupière au passage. Pour lui, ça devait être la goutte de trop. 

  • Tu es allé trop loin. Mon visage, on ne le touche pas ! répondit-il hors de lui. Je vais détruire chaque os de ton corps. Réitérons le massacre ! 

Je ne prends pas le temps de répondre tellement ma colère est grande. Ses quatre bras fondent sur moi. Cette fois, je ne vais pas reculer. Ses 2 bras annexes me frappent au niveau bassin, le brisant sans doute, mais à ce stade ça n’a plus d’importance. Tandis que les deux autres s’écrasent dans mes mains.

Il est perplexe, confus qu’un minable comme moi puisse lui tenir tête. 

  • Maintenant c’est à moi de te briser ! Hurlais-je  le regard plonger dans le sien. 

Je resserre mes mains sur les siennes et serre de toutes mes forces jusqu’à effacer le sourire de sa face. 

  • Tu ne t’y attendais pas hein, mange toi ça ! Dis-je en reculant ma tête. 

D’un coup sec, je le rapproche de moi pour lui asséner un violent coup de crâne. Son nez explose dans une gerbe de sang. Il recule en titubant, un trou vide dans ses quatre mains. 

Dans son regard, il n’y a plus une trace de rage, j’y vois de la peur mais je ne vais pas le laisser s’en tirer après tout ce qu'il a fait. Il m’en faut plus. 

Je prends ses cheveux,  et d’un coup sec, la frappe contre le parquet. Sa tête gise dans un cratère de bois. Au moins, son sourire a disparu. Je sens la colère descendre mais le voir déjà se relever attise toute cette colère. Il est temps de l’achever. La haine est si forte, ça en devient atroce. Mon corps entier brûle d’une rage qui semble sans fin avec cette petite voix qui murmure “ continue”. Je mets un pied sur son dos et écrase violemment ses os entre ses omoplates pour l’immobiliser. 

  • Pitié… Arrête… se plaint--il


  • C’est à moi d’arrêter ? Tu as osé t’en prendre à quelqu’un sans défense et c’est à moi que tu implores pitié ? J’ai une dernière question pour toi. C’est qui le minable maintenant ?!

Je ne reconnais pas ma voix. Ce n’est pas moi qui parle. Il y a une autre chose qui a pris le contrôle.

 Je n’ai pas attendu sa réponse. 

Je prends deux de ses bras, je tire. Il panique, il sanglote, il souffre. J’entends ses os se briser un à un. Je vois ses muscles se déformer, prendre un angle que le corps humain ne peut atteindre seul. 

Puis, je finis par les lui arracher. 

Des litres de sang giclent et éclaboussent les alentours. Il hurle si fort que les vitres du gymnase en tremblent.

Je suis là, régnant sur Powerfour, ses deux bras entre mes mains. Ma colère commence enfin à descendre. La vapeur autour de moi cesse et mes griffes se changent en ongle. Mes dents qui me semblaient plus pointues que d’habitudes ont repris leurs états d’origine. 

Le Héraut pleure toutes les larmes de son corps, je ne m’en fais pas ça repoussera, normalement. Je m’empresse de courir vers Mike. 

  • Mike ça va ? Tu ne risques plus rien, il est à terre, dis-je en prenant sa tête dans mes mains


  • Alex…Qu’est-ce que tu as fait… c’est un carnage…Articule-t-il difficilement. 

Il vomit sur son t-shirt sans même arriver à bouger pour éviter ça.  Dans l’action, je n’y avais pas prêté attention. Tellement de sang… tellement de destruction… c’est moi qui ai fait tout ça. Je m’effondre à côté de lui. Comment j’ai pu. Comment j’ai pu laisser cette voix me guider…

J’entends des voix venir de l’extérieur se rapprochant du gymnase, sûrement les médecins de l’école me dis-je.

 Ce n'est pas les médecins, mais les journalistes qui entrent en premier. Ils filment le massacre avec moi en son centre. 

Je n’imagine pas la tête de ma mère quand elle verra son fils dans l'actualité du journal parlé.

Ce que j’ai gagné dans cette histoire c’est “ Instable” sur ma carte d’identité. Malgré que Niels ai fait tout ce qu’il pouvait pour moi. Le Centre ne voulut rien entendre, pour eux j’étais une menace évidente. J’ai dû partir de ma ville car son NdD se limitait à "Puissant". 

J’ai obligé ma mère à rester à la maison, elle n’avait pas à payer pour les erreurs de son fils. Cerise sur le gâteau, Jenny m'a quitté car je cite “ Je ne veux pas sortir avec un monstre”, bordel. Elle m’avait pourtant dit qu’elle m’aimerait même si mon pouvoir était de me changer en grenouille. La peur a eu sûrement raison de son amour.

Quelle journée de merde. 

Alex Arger 12 juillet 2002

Catégories : Évolutifs Apex

Pouvoir : Primal Rage

Niveau de dangerosités 5 : Instable

Quant à Mike, ça fera 4 ans que je ne l'ai pas vu.


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